Demande de renvoi

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    Beurk. (Ziemowit Maj sous CC)

    Un type dépendant au plus haut point à l’héroïne, il n’y a franchement pas de quoi rire. Pourtant, quand son avocat prévient : «Je vais demander le renvoi », et que son client se met à vomir dans le box des accusés, franchement, le tragique de l’histoire s’évanouit.

    Un chewing-gum à la fraîcheur salvatrice plus loin (merci France bleu), on regarde de plus près notre client. On croit mal voir, on se tourne vers la consoeur de la radio, puis on doit en convenir : David est vert. Pas vert comme dans l’expression “je suis vert” (sous-entendu «de rage »), pas vert comme un papy flingueur ; non, vraiment vert, comme le bonhomme de la pub Cetelem. Et puis ça brille d’un pâle éclat. On ne sait pas si l’on pourra un jour encore utiliser l’expression “teint vitreux” sans penser à lui.

    David avait besoin de trois à cinq grammes d’héroïne par jour quand son petit frère a eu la bonne idée de les dénoncer aux policiers, lui le premier, pour trafic de stupéfiants. Les ventes avaient lieu dans l’appartement de la route de Paris, à Amiens, où a été retrouvé un kilo de poudre (valeur à la revente : 70 000 euros). David avait le marché des urbains, son copain Frédéric celui des campagnards et Kevin, le frangin, faisait dans le cannabis. À 19 ans, il évoluait encore dans le centre de formation. “Je ne sais même pas pourquoi il a tout dit aux flics”, se désole son avocate. Elle réclame pour son jeune client, qui s’endort à la barre, une expertise psychiatrique : “Vendredi il voulait, aujourd’hui il ne veut plus, mais tant pis, je la demande. Il n’a pas l’air net, quand même…” 

    Son confrère défend les deux détenus, David et Frédéric. C’est lui qui réclame le renvoi (ils seront jugés le 13 juin). “Moi, sauf récidive, tu ne me verras jamais accepter une comparution immédiate au premier appel”, pérore-t-il. David vomit de plus belle. “Dites, ce serait quand même bien de nettoyer”, hasarde un membre de la Pénitentiaire. “J’ai appelé mais pas moyen de trouver un concierge”, témoigne la procureur. Au bout de cinq minutes, un homme arrive, armé d’une boîte de mouchoirs en papier et d’une petite bouteille d’eau. Un cure-dent pour s’attaquer aux écuries d’Augias…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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