Dénonciations mensongères

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    Un seul string pour masquer un gros mensonge : la ficelle était grosse, Vanessa ! (photo Sabine sous CC)

    S’il y a bien un délit qui horripile toute la chaîne judiciaire (“chaîne judiciaire” est une expression, n’allez pas la chercher sur votre télécommande), c’est la dénonciation mensongère.

    L’expérimenté procureur Yves Le Du résume d’ailleurs le fond de sa pensée à la jeune Vanessa : “Vous avez amené les gendarmes à se ridiculiser, à courir après des fantômes”. En août 2010, à Hallencourt, près d’Abbeville, Vanessa a trop bu et elle est sous l’influence du Subutex, substitut à l’héroïne. Elle passe deux heures avec son ancien petit ami. “On a beaucoup parlé. On s’est un peu embrassés aussi”, avoue-t-elle le souffle court Le nouveau copain s’impatiente, il multiplie les textos, sent qu’un autre que Vanessa y répond, s’énerve. Finalement, il déboule avec des copains et tombe sur la jolie blonde vêtue d’un seul string. Elle lui révèle entre deux crises de larmes qu’elle vient de se faire violer par quatre hommes cagoulés. Devant les gendarmes, elle répétera sa version avant d’être confondue par ses incohérences. Mardi, elle a été condamnée à du sursis mais a échappé au pire : la gendarmerie avait chiffré les recherches inutiles à 15000 euros, or la demande de réparation du préjudice n’a pas été présentée dans les règles de l’art.

    La dénonciation mensongère peut aussi servir d’arme. Elle est d’ailleurs un grand classique des divorces conflictuels. En avril 2003, à Amiens, Bruno a été accusé de viols par ses deux filles. Il a été placé en garde à vue, a échappé de peu à la mise en détention et a royalement bénéficié d’une ordonnance de non lieu. Sauf qu’il a cessé de voir ses gamines pendant quatre ans, avant de renouer avec une seule des deux. La mère et la plus vieille des filles sont poursuivies. Leur avocate persiste à les nommer “victimes”, ce qui a le don d’énerver le conseil de Bruno : “Je ne peux quand même pas vous laisser dire ça”. Toutes deux sont néanmoins relaxées, parce que rien ne prouve l’intentionnalité du délit : il s’agit d’un grand mot pour dire qu’en écrivant au procureur, en 2003, la mère était persuadée que sa dénonciation était fondée. Dans un sens, c’est vrai, puisqu’elle le pense toujours en 2011…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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