Deux femmes, un soir

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    Mère et fils. (Catherine Soehner sous CC)

    On est onze dans la salle d’audience ce vendredi-là : un prévenu, trois juges, un procureur, une greffière, une avocate, deux journalistes et les deux femmes. La salle 105 était pleine, quatre heures plus tôt, quand l’audience de comparution immédiate a commencé. Mais il est tard, déjà. Il ne reste que Nicolas. La presse maugrée. Pourquoi l’affaire intéressante tombe-t-elle toujours l’ultime jour de la semaine judiciaire ? Au nom de quelle règle subtile est-elle toujours examinée en dernier ?

    Nicolas et les deux femmes nous enverraient bien en week-end. Avec une prévention de détention d’images pédopornographiques, la médiatisation est la dernière distinction dont on rêve. L’homme de 34 ans demande le huis-clos, que les juges lui refusent après que la procureur Isabelle Rathouis eut estimé que «des faits aussi graves méritent au contraire quelque publicité ».

    Nicolas est en récidive. Dans son ordinateur et sur une clef USB, les policiers ont trouvé3 300 films ou images dont la seule description soulève le coeur. Des petites filles de 9 ans contraintes de prodiguer une fellation à un chien, par exemple. Passons, on a déjà écrit sur cette affaire. Celles qui nous intéressent sont dans la salle : une femme d’âge mur et une autre toute jeune, la mère et la petite amie du monstre. Un monstre : nous serions incapables de voir autre chose en lui si elles n’étaient pas là. Mais l’une l’a porté, lui a donné la vie, a pleuré quand on l’a posé sur son sein, lui a tenu la main quand il a marché pour la première fois, serré le bras quand on l’a vacciné, étreint quand il est tombé de vélo.

    L’autre s’est laissée embrasser pour la première fois par lui, un jour ; elle s’est déshabillée devant lui ; l’a laissé la toucher ; l’a regardé préparer le café le lendemain matin. En souvenir de tous ces instants, ou parce que, tout simplement, il attendait que sa copine s’endorme pour regarder ses images immondes sur son portable, lumière glauque dans une nuit que l’amour avait éclairée dans ses prémices, elles sont là. «Vous ne pourriez pas éviter de mettre son nom ? Pas pour moi. Moi, je m’en fous. Mais pour ses frères », glisse la mater dolorosa. Elle est à la fois dévastée et fière, avec dans le regard l’énergie d’une louve qui contre vents et marées défendra ses petits.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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