Drôle d’endroit pour une rencontre

    Jean-Paul, 46 ans, est amoureux. Sa copine, il l’a rencontrée il y a un an sur le trottoir de la maison d’arrêt de Rouen, tandis qu’il plantait des fleurs dans le cadre d’un chantier extérieur. Elle accompagnait de la famille au parloir. «Ça aurait pu se faire ailleurs, j’aurais préféré, même. »

    Depuis, il est sorti de détention et, en mai 2013, y est retourné. Il espérait une libération le 1er janvier 2017, quand il a pris un an de plus par le tribunal d’Amiens, mi-décembre, pour répondre de vols commis à Gamaches, en septembre 2010 avec son fils Julien, 25 ans (qui a pris un an aussi, mais sous bracelet électronique). Le natif de Beauchamps explique qu’il a emmené son gamin, lui même multirécidiviste, au magasin Gamatruc et à la base nautique «parce qu’il m’avait dit qu’il n’avait pas de sous C’était pour y faire plaisir, en quelque sorte». Il ergote quant au préjudice : “C’est malhonnête. L’homme de Gamatruc, il sortait tous les soirs avec son ordinateur, on n’a pas pu le lui voler» La juge sourit : «C’est quand même dommage de cambrioler des gens malhonnêtes… Décidément, les victimes ne sont pas à la hauteur !»

    Elle dresse la liste des 18 condamnations de Jean-Paul, presque toutes pour vol ; typiquement le casier à tiroirs où les sursis et les mises à épreuve s’enchevêtrent jusqu’à ce que les révocations tombent comme une lame de guillotine. «C’est tout, au moins ?» s’inquiète la présidente, qui ne serait pas deux fois surprise par un dossier qui traînerait encore sur le coin de bureau d’un procureur ou d’un juge d’instruction. «Ah oui, y’a plus rien, plus de sursis ! Pis celle-là, j’espère que c’est la dernière !» s’exclame Jean-Paul. C’est qu’il y a urgence : «Ma copine, elle attend que je sorte de prison pour se faire opérer de son cancer de la gorge».

    «Si elle attend 2017…» doute le magistrat. Jean-Paul est sûr de lui. On croirait entendre un ponte du centre hospitalier qui annonce une rémission à un patient : «Elle attendra ! Je vous jure qu’elle attendra ! »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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