Elle l’aime encore

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    Friville, c’est peut-être Chicago. Mais version Frédéric François.

    Lui n’est pas très intéressant. Il a pris jeudi huit mois avec sursis et 70 heures de travail d’intérêt général. Le 15 avril 2010, chez des amis, rue Léo-Lagrange, à Friville-Escarbotin, il a bu “une dizaine de pastis et puis quatre ou cinq bières”. Bien chaud, il a commencé à insulter sa compagne : “Salope, tu vas avec tout le monde, putain !”.

    “J’ai pété un câble” : ainsi justifie-t-il ce coup de pied porté à la tête de sa concubine alors que la petite était assise tout près, sur le canapé du salon. “J’ai pété un câble”, ajoute-t-il, pour excuser la bordée d’insultes qui accompagne l’arrivée des gendarmes : “Fils de putes, bâtards, cow-boy, fils de Sarko !” (il est au passage étonnant de constater que la procédure considère “fils de Sarko” comme une insulte ; ne devrait-ce pas plutôt être perçu comme une marque d’admiration ?)

    Il a encore “pété un câble”, quand les renforts sont arrivés et qu’il est passé aux menaces: “Allez, venez, vous êtes morts, vous allez connaître le Chicago de Friville, vous allez connaître la ZAC d’Abbeville !” (pardon pour cette nouvelle digression mais Chicago de Friville, n’est-ce pas un chouïa exagéré ? Sauf à faire des hortillonnages le Venise d’Amiens, et du point internet de Chaulnes la Silicon Valley du Santerre ? Passons…)

    Faisons vite : à l’arrivée au poste il a pété son quatrième câble en se débattant et le 18 juin de la même année, rompu toutes les amarres en mettant le feu à une poubelle pour “montrer à une ex” qu’il existait.

    Mais il va mieux, assure-t-il, il a retrouvé l’amour il y a cinq mois et n’a même plus besoin de cachets. Celle qui nous intéresse, c’est la femme, petite, menue, tourmentée. Quand elle prend la parole, ce n’est pas pour reparler des coups, des menaces au couteau ou des scènes d’alcoolisation. Non, c’est pour dire : “Je voudrais bien qu’il m’explique pourquoi il n’est pas violent avec sa nouvelle copine. On était ensemble depuis quatre ans, on avait une petite fille. Il m’a laissée toute seule avec elle et avec des arriérés de loyer”. Alors on comprend : elle l’aime encore. C’est bête, injuste et inutile, et à cause de ces trois adjectifs, c’est beau. Beau et con à la fois, comme chantait l’autre.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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