Faux et usage de faux

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    Ah ! Le prestige de l’uniforme ! (OnCall team sous CC)

    Cathy voulait devenir aide-soignante. C’est une ambition respectable. D’aucun rêvent de revêtir l’uniforme des pompiers, d’autres l’écharpe de miss France. Le truc de Cathy, c’était de chouchouter les malades, les faibles, les petits vieux.

    Elle avait pris le bon chemin, en passant un BEP Sanitaire et social et en commençant à travailler dans l’aide à domicile. Début 2008, alors qu’elle a 27 ans, elle sollicite de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DASS) du Pas-de-Calais, où elle réside, une validation de ses acquis. C’est d’autant plus urgent qu’elle a rendez-vous avec le centre hospitalier de Doullens, à la recherche d’une aide-soignante remplaçante. Las, la réponse de l’administration tombe comme un couperet : l’expérience de Cathy ne lui permet de valider que cinq des huit acquisitions nécessaires à l’obtention du diplôme.

    L’entretien à Doullens est calé. C’est trop tentant. Cathy s’y présente et, miracle, elle est prise pour travailler à lamaison de retraite qui dépend de l’hôpital. Évidemment, on lui demande son diplôme. Elle ne l’a pas sur elle, explique-t-elle, mais elle présente la fameuse validation des acquis, qu’elle a falsifiée au blanco et au stylo bille pour faire croire que les huit items sont homologués. Le 2 juin 2008, elle prend officiellement son service. Le 1er janvier 2011, elle devient stagiaire. À chaque entretien annuel d’évaluation, des louanges pleuvent sur son professionnalisme, au point que l’administration envisage de la titulariser au 1er janvier 2012. Simple petite formalité : cette fois, il faudra son diplôme. Tout s’écroule. Prise de panique, Cathy falsifie un arrêt maladie pour éluder l’instant fatidique. Puis c’est le licenciement, la procédure judiciaire, et la difficulté à retrouver du travail.

    L’autre mardi, elle a été condamnée à une petite peine avec sursis.Me Clarisse de Saint-Amour a souligné l’extrême légèreté de l’hôpital, qu’un faux grossier, digne d’un enfant d’école primaire, a si facilement abusé. Son avocate lui a aussi obtenu une dispense d’inscription au casier judiciaire. Il faut dire que Cathy aimerait beaucoup devenir aide-soignante…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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