Fonctionnaire à la cour et délégué syndical

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    C’est l’histoire d’une toute petite grenouille qui voulait faire un effet boeuf. (photo Frank Vassen sous CC)

    Jean-Michel est un peu chez lui dans la grande salle du tribunal correctionnel. En jean et polo bleus, chaussures de marin aux pieds, petite bouteille d’eau à la main, il va et vient pour savoir où en est son cas. «Parce qu’on m’attend là-haut, je n’ai pas posé ma journée, moi. »

    Jean-Michel, 45 ans, est fonctionnaire à la cour d’appel, «et délégué syndical ». On ne risque pas de l’ignorer, vu qu’il le répète en boucle. Ce mardi, il est convoqué pour répondre de dénonciations calomnieuses, faits commis entre le 1er janvier et le 23 avril 2010 ainsi que le 1er août 2010 à Amiens et Domart-en-Ponthieu. La victime est son ex-femme, ainsi qu’un homme. Elle lève les yeux au ciel : “Ça fait trois ans que c’est comme ça, on ne s’en sortira pas…”

    Une première fois, Jean-Michel a obtenu le renvoi de son affaire. Ce mardi, il explique que son avocat ne l’a prévenu que la veille, mais qu’il est hors de question qu’il soit jugé à Amiens. «Je demande la délocalisation », bégaie-t-il, affalé à une barre qu’il confond avec un bar. La délocalisation, c’est une mesure qui permet à un justiciable de confier son sort à des magistrats neutres. Son statut de fonctionnaire au palais de justice empêcherait Jean-Michel d’être jugé honnêtement, quand bien même son litige est purement personnel. L’homme craint des représailles.

    La présidente Briet le vexe franchement quand elle lui signale : “Moi, je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais croisé dans un couloir”. Mince, on parle de Jean-Michel, quand même… LE délégué syndical. Arrive son pauvre avocat : “Euh… Je ne sais pas vraiment si je suis toujours le conseil de monsieur…” Et on sent qu’il n’insistera pas s’il se fait débarquer. Finalement, l’affaire est renvoyée, le temps pour le prévenu de demander dans les règles la délocalisation vers un autre ressort, Reims, Rouen ou Lille, par exemple. Des patates aussi chaudes, on les refile avec plaisir aux voisins ! Me Berriah, avocate d’une victime, s’étrangle : “Ce sont des faits graves, quand même. Et qui durent encore ! Il nous balade, il se croit tout puissant”.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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