Il disait qu’il allait changer

    Alexandra, frêle, le bras en écharpe, est une caricature de victime de violence conjugale. Elle a connu Jonathan en 2009 et s’est mariée avec lui en 2011. « Les violences ont-elles commencé après le mariage ? » hasarde un juge assesseur à l’audience du 14 mai. « Oh ! non, il m’a tapé dessus au bout d’une semaine. »

    Ensemble, ils ont eu six enfants, tous placés à cause de la violence du père dont la mère a été considérée complice par une condamnation pénale. Entre son intégrité physique et lui, elle l’a choisi ; entre ses enfants et lui, elle l’a choisi. Pourquoi rester ? « Il me disait toujours qu’il allait changer. Il pouvait être doux pendant deux ou trois mois. »

    Il y a la peur, aussi. Aux juges, elle indique timidement qu’elle envisage la séparation mais lui, même dans le box des accusés, exprime des opinions fermes sur le mariage : « Je n’envisage pas de divorcer. Ce serait un drame ». Il est sans emploi, titulaire du RSA, évidemment. Depuis quand ? « Je ne sais plus », avoue-t-il. En fait, la seule fois où il a vaguement travaillé, c’était pour occuper un de ces emplois bidon à la Citadelle par lesquels la mairie d’Amiens avait espéré acheter la paix sociale. Vu par lui, ça donne : « Ils apprennent les jeunes à poser des briques, tout ça ».

    Le 12 mai, il est allé chez Carrefour dépenser l’argent du contribuable puis s’est déchaîné dès son retour dans l’appartement de la rue Mozart. « Elle m’a mal parlé, je n’ai pas su me contrôler », admet-il. Après une première série de coups, il est sorti se calmer. En vain, puisque lors d’un second épisode, il lui a claqué la porte dans la figure, puis s’est acharné sur celle qui, liée au sol, tentait de se protéger en adoptant la position du fœtus. Elle relativise : « J’ai eu pire, le nez cassé, les côtes fêlées, un coup de couteau… »

    Jonathan Briche a été condamné  à 18 mois de prison dont 12 ferme. Il lui est fait interdiction de rencontrer la victime. On a le droit d’y croire…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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