Il méritait mieux

    S’il n’y avait les uniformes, on se demanderait qui, dans le box, sont les agents de la Pénitentiaire et qui est le prévenu. Adrien n’est pas le dernier à faire rire les trois autres. Dans un instant, il reprendra avec eux la route de la maison d’arrêt de Laon, son domicile depuis quelques mois. Il répond de vols en réunion : une longue série de cambriolages dans Ham, en mai et juin 2011, notamment au stade de foot, au centre social, à la maison médicale. Quelques voitures, aussi, qui furent brûlées après la bataille.

    Être seul pour des vols en réunion, c’est cocasse. Certes, quelques membres de la bande étaient mineurs, mais quatre autres ont déjà été condamnés. «Adrien était incarcéré, l’administration n’a pas été fichue de le retrouver », explique Me Daquo. «Alors, ils ont pris combien, les autres ? » interroge le garçon de 22 ans. L’avocat se plonge dans le dossier: «12, 18, 18, 18 ». Pour Adrien, ce sera 12 mois. «Avant 2011, il n’a jamais fait parler de lui», regrette le procureur Boussuge, sinon pour une minuscule affaire de recel. Eût-il été convoqué rapidement par le juge pour enfants que le gamin serait peut-être rentré dans le droit chemin. On l’aurait repris de justesse. Quand il a fini par comparaître, il était devenu un adulte déjà condamné. Un repris de justice…

    Adrien est né de père inconnu et de mère pas vraiment concernée, qui l’a vite confié, façon patate chaude, à sa grand-mère. Celle-ci meurt et lui lègue sa maison de Ham. C’est toute la fortune de la vieille dame. Adrien n’a pas un sou vaillant : «Ma mère, elle me laissait en chien. Elle ne me dépannait pas. Comme je ne suis pas quelqu’un à taxer les gens pour manger, je me débrouillais par moi-même. » Des idées de débrouille, ses nombreux copains de l’époque – quand on a une maison à squatter, on possède toujours une ribambelle d’amis – en ont à foison. C’est ainsi que les sauvageons décident de mettre la ville à sac. Depuis, entre deux périodes de détention, Adrien a écrit cinq lignes de plus à son casier. Son domicile, c’est la prison, ou la maison de sa mère, mais plus celle de la grand-mère : furieux d’avoir été «donnés », ses ex-complices y ont mis le feu.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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