Il voulait voir la mer

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    Pour échouer, ils ont échoué… (photo Mark Stace sous CC)

    Difficile de faire plus dissemblables que ces trois-là. Mickaël n’est pas dans le box. Il comparaît libre en ce lundi après-midi de comparutions immédiates. On ne voit que lui. Baskets Nike bleu pétrole avec des lacets orange, pantalon de survêtement bleu vif, tee-shirt Airness à rayures rouges et noires, un piercing sur la lèvre, des petites lunettes, une peau grêlée de grains de beauté. Fabien a une tête d’Irlandais, dents cassées sur le devant, cheveux roux. Un air de sale gosse mais aussi un côté brave type. Quant à Nicolas, il pourrait sans forcer jouer un méchant dans Harry Potter. Ses cheveux noirs ébouriffés surmontent un visage aux traits tirés. Surtout, sa peau est grise. Ni pâle, ni jaune, mais grise. Il grimace à longueur de temps. «Je tape à l’héro et là, depuis deux jours, ils ne m’ont rien donné en maison d’arrêt. Ça va mal… » explique-t-il. On s’en doutait un peu.

    Difficile aussi de trouver plus semblables que ces trois-là, âgés de 28 à 33 ans. Ils sont d’Athies, dans le canton de Ham, un coin où un gramme d’espoir est plus dur à trouver que dix grammes de poudre blanche. Tous prennent ou ont pris de la poudre, bien sûr. Tous ont un casier, évidemment ; entre sept et treize mentions. Ils sont en rupture familiale. Fabien dort dehors depuis que son frère l’a foutu à la porte. Son père est mort et sa mère n’a pas voix au chapitre. Mickaël reste à la maison mais n’adresse plus la parole à son père : «C’est comme ça, on ne peut pas se sentir. » Nicolas est dans un autre monde, de toute façon, où chaque jour il faut trouver 40 euros pour se payer sa dose. Chacun est impliqué dans des vols commis à Cartigny et Athies, dans l’Est de la Somme. Nicolas a encore le toupet de s’en prendre aux victimes, deux braves dames venues représenter leurs maris : «La plupart des gens qui sont volés en rajoutent pour l’assurance. Faut pas exagérer, quand même ! » Au correctionnel, ça passe mal.

    Il y réfléchira un an et demi en prison où Fabien l’accompagne pour un an. Mickaël est relaxé. Il avait seulement conduit Nicolas chez un revendeur, à Caen, au volant de sa 106 poussive. «Vous comprenez, dans ma situation, trois jours tous frais payés à la mer…”

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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