Ils sont comme nous

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    Le chroniqueur n’a pas peur des monstres. Des Hommes, un peu plus. (photo epSos .de sous CC)

    C’est donc ça, un monstre… Il a 31 ans, s’habille de noir. 1,75 m pour 75 kg : il est trapu, comme un lutteur. Ses cheveux, noirs également, sont ras. Les traits de son visage semblent avoir été découpés à la hâte, en attente à jamais déçue de polissage. En juillet 2007, une fois de trop, il a cogné sur sa petite fille, âgée de 30 mois, au motif qu’elle ne l’appelait pas papa. Il lui a explosé la vésicule, l’intestin grêle et les reins. Elle est morte, 18 heures plus tard. Il a été condamné mercredi à 20 ans de réclusion.

    C’est donc ça, un monstre… Il a 49 ans. D’allure plutôt fluette, il porte de fines lunettes en métal. Son front est dégarni. Les manches de son pull sont remontées sur sa chemisette à carreaux. Il a violé sa fille quand elle avait 13, 14 et 15 ans. Sous les yeux de sa deuxième fille, il a également imposé à sa femme l’intromission dans le vagin d’un concombre et d’une bouteille d’apéritif. Vendredi soir, il a été condamné à 13 ans de prison.

    En cette semaine où la cour d’assises de la Somme monopolisait notre attention et occupait nos colonnes, une lectrice nous a confié son découragement à lire le journal “devant tant d’horreurs”. La nature n’a pas voulu que ces hommes portassent quelque signe distinctif, une tache de naissance qui les identifie à coup sûr comme dangereux. Et la nature, ou le ciel, a bien fait les choses. Car au-delà de l’émotion, nous pouvons tous dire, avocats, greffiers, huissiers, magistrats et jurés (journalistes aussi) qu’après cinq jours de dégoût, la dernière impression qui subsiste est aussi terrible que rassurante : ce sont des hommes.

    Leurs points communs avec nos collègues de travail, ce type que l’on croise au supermarché, ce garçon au bout du bar sont mille fois plus nombreux qu’avec un objet, un animal ou une pierre. Terrible : ils sont donc comme nous. Si l’humanité est une famille, il faut accepter que le tueur et le violeur sont nos cousins. Rassurante : malgré notre peur, on peut avec espoir chercher une lueur d’espoir, une hypothèse de rédemption chez ces proches parents de Mozart et Michel Ange, de Shakespeare et Gandhi.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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