Inéluctable

    Sur le rôle de l’audience, la liste des délits reprochés à Steven donne le vertige. Dix-huit vols, commis entre le 14 et le 27 septembre, dans les communes de Villers-Faucon, Epehy, Le Catelet, Le Ronssoy.

    On est dans ce no man’s land aux confins de la Somme, l’Aisne et le Nord, un coin qui ne roula jamais sur l’or mais connut quand même des jours meilleurs quand l’industrie textile tissait du lien social.

    Le gamin qui prend place dans le box des prévenus ne colle pas à la prévention. Steven, 19 ans, sort à peine de l’enfance. Aîné de six, il vit balloté entre son père (la mère est aux abonnés absents), côté Aisne, et sa tante, côté Somme. Il est « bien connu des services ». Quand on a dit ça, on a tout et rien dit. « J’ai été suivi parce que j’étais violent. J’étais violent dans la rue, j’étais violent à l’école », confirme-t-il.  Il sait à peine lire et écrire.

    Pourquoi lui et ses copains volent-ils ? « Ben, parce qu’on en a besoin. » En quinze jours, ils ont écumé les maisons de particuliers, les écoles, les mairies, les voitures sur les parkings d’usine et même la cantine de la sucrerie de Sainte-Emilie. Le butin s’est composé d’argent liquide, d’essence, de confiseries, d’un fusil de chasse, d’une batterie, de pâtes, de chocolat, d’une boîte de cassoulet, d’alcool, d’une lampe de poche. Tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi… Steven a expliqué qu’il faisait partie d’une bande mais l’enquête n’a pas permis de renvoyer ses complices. Il est seul, très seul. Son casier judiciaire compte déjà six mentions. Pourtant, « quand je ne bois pas, je suis calme », argumente-t-il. Sauf qu’il boit, massivement, « du Ricard et des bières à partir de 7 heures du matin ».

    Il est condamné à un an de prison ferme et envoyé directement en détention, comme la conclusion logique d’un désastre inéluctable.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Nothing Toulouse

    Geoffrey a volé un CD à la FNAC d’Amiens. Du Florent Pagny (mais qu’il ...

    Une panne d’avocats

    Il est 15 h 30 et la salle d’audience sonne déjà le creux. “Affaire ...

    Ils sont comme nous

    C’est donc ça, un monstre… Il a 31 ans, s’habille de noir. 1,75 m ...

    Il voulait voir la mer

    Difficile de faire plus dissemblables que ces trois-là. Mickaël n’est pas dans le box. ...

    Ça vous colle à la peau

    Je ne vous parlerai pas de Sup de Co. J’en ai soupé de Sup ...

    Ils ont osé ! (édition 2018, 1/2)

    2018 a bien évidemment charrié son lot de larmes, de cris et de souffrance, ...