Jean n’aime pas l’eau

    C’est énervant. Le petit monsieur de 67 ans qui se tient dans le box des accusés nous rappelle quelqu’un, mais pas moyen de mettre un nom sur cette réminiscence. Et puis d’un coup, lumière ! Ce visage rond, cette barbichette, bon sang, mais c’est bien sûr : Alain Bombard ! L’homme qui a traversé l’océan sur un bateau pneumatique.

    Le problème de Jean, c’est qu’il ne considère pas l’eau – ni salée, ni douce – comme son élément naturel. Alors que bien souvent, la consommation alcoolique induit d’autres délits (outrages aux forces de l’ordre, violences conjugales), Jean est une sorte de monomaniaque du casier judiciaire : six mentions entre 2008 et 2013, toutes pour conduite en état alcoolique. «Il a perdu ses parents ces dernières années. Il n’y a pas d’âge pour être triste», justifie joliment Me Sérène Medrano.

    Cette fois, début décembre 2014, à Roye, Jean avait un gramme au guidon de son cyclomoteur. C’est vraiment la faute à pas de chance d’être tombé sur les gendarmes : «Je n’ai pas voulu laisser mon scooter dans la rue face au café. J’allais le garer chez une amie taxi qui m’aurait raccompagné». Le hic, c’est qu’il portait à la cheville un bracelet électronique, ornement qui est à la justice ce que l’alliance est au mariage : une manière de dire « ne m’oublie pas ». Le juge d’application des peines n’a pas apprécié. Il a mis à exécution huit mois avec sursis, et deux supplémentaire sont tombés juste avant Noël. Du coup, quand Jean promet que «les petits anniversaires, même les réveillons, tout ça, c’est terminé», on confirme : derrière les murs de la maison d’arrêt, on croise plus souvent la veuve Poignet que la Cliquot.

    Tapissier-décorateur de son état, Jean n’est libérable qu’en avril. Les contrôles d’alcoolémie sauvent des vies, ils en gâchent aussi un paquet d’autres…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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