La bête humaine

    reveillon
    Provoc à deux balles.

    C’est une histoire entre deux Réveillon. C’est un crime entre deux réveillons : le fils Mario a tenté de tuer le père Martial, à Authieule, petit village du nord de la Somme, un 26 décembre. En Angleterre, c’est un jour férié. On l’appelle le Boxing day. Sauf que c’est Martial Réveillon qui a failli se retrouver dans une boîte. Amateurs de symboles à deux balles, vous ne serez pas déçus. Tenez : pour tenter de tuer son père, Mario avait planqué un fusil automatique et un quad dans un hangar, au lieu-dit Le Paradis, d’où il est parti pour aller poser son trépied… dans un cimetière.

    Tout était réuni comme dans un mauvais film et pourtant Martial est vivant. « Je ne crois ni en Dieu, ni en la justice mais en la chance », pérore-t-il. Lui qui a étouffé son fils réussit encore à lui voler la vedette. Le mot n’est pas outrancier. La cour d’assises est un théâtre et il entend faire son show. Sur son attaché case fatigué d’où il sort des feuilles et des enveloppes comme un magicien des lapins, il a collé une cible et cet avertissement en lettres grasses : « Tous contre un. Seul contre tous ». Grossier,pathétique, insultant, il fait front alors que femmes, fils et filles décrivent des violences à ce point perverses que Me Debruyne, avocate de la défense, ne choquera personne, le dernier jour, en parlant de lui comme d’un « kapo », ces gardiens de camps nazis. Brûlures, piqûres, sadisme, coups, insultes : c’était le quotidien de sa famille. Dans le village aussi, il est aimé… La première adjointe témoigne : «Oui, j’ai dit que c’était bien qu’on lui ait tiré dessus, et que c’était juste dommage que ce soit Mario qui l’ait fait. Vous savez, 95% des gens pensent comme moi.» Il rigole… Il est massif, des mains comme des avirons, un ventre rond, une bouille joufflue cernée de pattes très seventies. C’est un bûcheur. De rien, il a monté une fortune sur laquelle cet avare qui se revendique veille jalousement. « D’un assassin on fait un ange. Moi je suis la bête, je me demande même comment on m’a laissé vivre. »

    Son fils s’en sort avec deux ans ferme. Il ne retournera pas en prison. Martial demande une audience civile pour réclamer 23 centimes de dommages et intérêts. « C’est le prix de la balle », calcule un policier.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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    • Elodie Mas

      Quel plaisir de te lire ! 🙂

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