La caravane immobile

    2761193916_9609fb2266_b
    Mobilhome, bitter home (Michael Spiller sous CC)

    C’est une histoire de caravane, idéale pour vous souhaiter de bonnes vacances. Comme tant de chtimis, Monique et son compagnon avaient trouvé leur coin de paradis dans la vallée de la Somme. Certes, le confort était sommaire, dépourvu d’assainissement, mais les étangs de pêche se trouvaient à portée de moulinet. En fermant les yeux, Etinehem, c’est presque Venise, non ? Et puis une caravane, bien aménagée, avec des rideaux aux fenêtres et des géraniums en façade, ça tient lieu de Negresco du pauvre, de villa Sam’ Suffit…

    Le terrain appartient à un agriculteur du cru qui moyennant 250 euros permet à sept habitations mobiles de s’immobiliser en bord de Somme. Pas de bail écrit, nul contrat. Monique reconnaît même qu’elle n’a jamais donné son numéro de téléphone ni son adresse au maître des lieux. Une fois l’an, il suffit de se rendre dans la ferme pour verser son écot.

    En 2012, elle est atteinte d’un cancer du sein. Son ami, lui, est débarqué à 58 ans de son emploi de commercial. La caravane n’est plus leur préoccupation première. Ils ne quittent plus le Nord et n’acquittent plus le loyer.

    Quand ils se réveillent en 2014, l’explication avec le propriétaire terrien se révèle houleuse. Il attend encore ses loyers alors qu’il affirme avoir réglé tous les ans la taxe sur les ordures ménagères. Monique découvre que sa caravane est abimée de partout. « Ils ont même changé les rideaux aux fenêtres », sanglote-t-elle. « Elle a été volée, ou vandalisée, ou squattée », rétorque le loueur. « Il l’a louée à d’autres personnes », sont persuadés Monique et son compagnon qui indique au juge : « Si vous avez une Bible, je vous le jure sur le champ ».

    Les deux malheureux se lancent dans une procédure civile. Ils sont déboutés (appel en cours) et doivent même verser 2500 euros de frais de procédure à leur adversaire. Cette semaine, ils se sont retrouvés au pénal, avec le même résultat, faute du moindre début de preuve.

    Les vacances, cette année, ce sera encore du côté d’Orchies. La caravane continuera à pourrir sur des roues qui n’ont plus été gonflées depuis des lustres. Autour, les herbes folles achèveront d’étouffer les petites fleurs de la plate-bande. On a eu beaucoup de pluie cette année…

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Prendre sur soi

    Il y a des moments pour prendre ses aises et des moments pour prendre ...

    Ils ont osé ! (édition 2018, 1/2)

    2018 a bien évidemment charrié son lot de larmes, de cris et de souffrance, ...

    Le coup du maquereau

    – Vous avez un travail ? – Pas du tout ! – Des revenus ...

    Peine perdue

    Mardi, le chroniqueur découvrait à quel tour de passe-passe s’était livré le nouveau garde ...

    Fonctionnaire à la cour et délégué syndical

    Jean-Michel est un peu chez lui dans la grande salle du tribunal correctionnel. En ...

    Comme par hasard

    Tant pis, je balance. Ras-le-bol du politiquement correct ; fi de l’autocensure ! Je ...