La fête des mères

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    Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. (bfishadow sous CC)

    Il y aurait un livre à faire rien que sur les mères que l’on croise au tribunal : accusées parfois, mères d’accusés bien plus souvent.

    Celle-ci est autant une maîtresse femme que son garçon, Julien, 29 ans, multiplie les signes de faiblesse dans le box des accusés de la cour d’assises de l’Oise, où il répond d’avoir secoué son bébé jusqu’à le tuer (il sera finalement acquitté). Avec son brushing impeccable, ses petits yeux implacables qui refusent de ciller devant la robe rouge du président, son ensemble orange le lundi, son chemisier panthère le mardi, Joëlle, 56 ans, en impose.

    La vie ne lui a pas laissé le choix. Elle avait trente ans quand elle est devenue veuve, avec deux petits garçons sur les bras. Son mari était un passionné de sports mécaniques, genre pratiquant, voire intégriste : «Il nous avait cassé dix-sept voitures », se souvient-elle. En 1985, il a voulu essayer un nouveau buggy dans le terrain jouxtant sa maison, devant toute la famille. Sans casque ni ceinture, il a fait plusieurs tonneaux : mort sur le coup. «Ses garçons, elle les a choyés, gâtés, écoutés, pourri-gâtés », peuvent bien dire les témoins. À Julien, elle a même fait croire que papa était parti travailler très loin et qu’il reviendrait un jour.

    Ils sont gentils, les témoins, à tout juger après coup. Joëlle a dû se débrouiller avec deux fils toxicomanes à l’héroïne. Elle n’a pas été parfaite. Et les témoins, ils s’en seraient sortis comment ? Quand Julien et sa compagne, plongés dans la précarité, plus immature l’un que l’autre, ont eu des enfants, Joëlle s’est mêlée de tout. Ils auraient fait quoi, les témoins ? Quand Julien a été accusé d’avoir secoué Léna, Joëlle est encore intervenue, façon éléphant dans un magasin de porcelaine. Elle a mis un beau bazar dans l’enquête, disant à sa bru de taire ceci, à son nouveau mari de dire cela. Elle a tellement embrouillé l’affaire qu’elle a finalement desservi son fils, en laissant penser que si tout le monde mentait à ce point, c’est qu’il y avait quelque chose de très grave à cacher. Elle a volé au secours de son petit avec l’exaspérante maladresse dont seule une mère est capable. Ils en disent quoi, les témoins ?

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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