La fin des discothèques

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    Dans le grand bain sans notion de natation. J’aime bien l’image… (Micah Sittig sous CC)

    C’est pas moi, ça.” Visage émacié, vêtu de noir, Alain, 55 ans, refuse d’endosser le costume d’agresseur sexuel. Il sera pourtant condamné à quatre mois de prison avec sursis. Père de deux enfants, titulaire d’un emploi stable (il travaille depuis 37 ans dans la même usine amiénoise), il peut se targuer d’un casier judiciaire blanc comme neige.

    En octobre 2009, ce divorcé rencontre en discothèque une femme un peu plus jeune que lui. La première fois, en gentleman, il se contente de la raccompagner chez elle. Au deuxième rendez-vous, ils deviennent amants. La troisième entrevue est programmée le 24 octobre. Elle vient dans un taxi commandé par son jules, un restaurant est réservé, Alain a préparé des chips et du vin cuit dans son salon. Tout commence plutôt bien : on danse un slow, les mains s’égarent. Alain aussi, mais d’après la petite femme, elle le remet aussitôt sur le droit chemin : “Je lui ai dit d’attendre un peu, que j’avais mal au ventre, mais il m’a portée de force dans la chambre. Là, il a crié pour que je retire mes bottes. Il m’a fait peur. Je me suis entièrement déshabillée. Il s’est frotté contre moi, il a essayé de s’exciter. Puis il a arrêté et il m’a tendu un peignoir. C’est mon beau-frère, qui est policier, qui m’a incitée à porter plainte. Moi, je ne comprends pas. Au début, ça se passait normalement. Je voudrais qu’il se fasse soigner”.

    “Je n’ai jamais agressé personne, contre-attaque Alain. Elle était consentante. Et puis je n’ai pas pu la porter jusqu’au lit : j’ai un problème d’épaule, c’est impossible.” Son avocat Guillaume Combes exhibe à ce moment un certificat médical. “D’accord, il a insisté, développe le défenseur. Mais il s’est arrêté dès que la manifestation du non a été évidente. Cet homme vit un cauchemar. Il se retrouve dans le grand bain sans notions de natation…” 

    Sérène Medrano, pour la victime, objecte : “Alors, parce qu’il n’y aurait pas viol, ce ne serait pas grave ? Insister, ce ne serait pas grave ? L’impact traumatique a été fort. Ma cliente n’a toujours pas eu de relations avec un homme depuis”. Alain, lui, s’est retrouvé une copine il y a deux ans. “Et les discothèques, je peux vous dire que c’est fini”, atteste Me Combes.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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