La mèche a été allumée

    (Larry Jacobsen sous CC)

    Il a une drôle d’allure, Michael, avec cet objet entre le bermuda et le pantalon, qui laisse juste apercevoir un bout de mollet blanc et de seyantes chaussettes à rayures. Avec son volumineux sac à dos, aussi, qu’il porte jusqu’à la barre du tribunal correctionnel d’Amiens, en cet après-midi estival où, d’avocats absents en dossiers incomplets, son affaire est la seule qui sera jugée.

    Michael, 37 ans, habite, dans un village de l’Oise, la maison familiale qu’il a récupérée à la mort de ses parents, en 2012 et 2013. « Depuis, on ne s’entend plus très bien avec mes sœurs », souffle-t-il. Il est célibataire, fait juste état d’une liaison, il y a plus de dix ans, qui s’est mal finie.
    Et puis il y a Christelle. Il fut copain avec son frère dans le village. Depuis, elle est partie, a fait des enfants, a divorcé, et quand Michael l’a recroisée, il s’en est persuadé : elle l’aime, « même si quelque chose l’empêche de se l’avouer ».

    Il affirme qu’elle a consenti à une relation sexuelle en mai 2016, puis lui a demandé de l’aider à déménager, en août de la même année. Elle nie.
    Toujours est-il que le 20 juin 2017, c’est elle qui a appelé les policiers d’Amiens pour avouer qu’elle venait de donner un coup de couteau à un homme. Or c’est Michael qui comparaît en août, au motif que ce jour-là, après avoir déjà importuné l’objet de son désir, il s’est introduit dans son immeuble puis a franchi sa porte et lui a fait face dans la cuisine. « Je te découperai si tu es heureuse », a-t-il prédit. Du coup, c’est elle qui l’a légèrement lardé.
    Remis en liberté avec interdiction de contact, il a trouvé moyen, début juillet, de revenir à la charge, ce qui lui a valu une courte incarcération. Le problème, c’est qu’il ne comprend pas. « Je pense toujours qu’elle est amoureuse de moi, avoue-t-il sans malice. Je pense tout le temps à elle. Des fois, c’est plus fort que moi. Je sens qu’il y a quelque chose entre nous. Elle a quand même abusé, de porter plainte… »
    Son avocate croit à l’histoire du rapport sexuel en mai 2016 : « Cette relation d’un soir a ouvert chez lui une espérance. La mèche a été allumée par la victime. »
    Jugement : trois mois dont un ferme. « Je ne retourne pas en prison ? », demande-t-il, presque détaché. « Non Monsieur. » Si ça se trouve, le sac à dos, il l’avait pris au cas où…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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