La pétoche

    Jonathan fait peur, tout simplement. On en croise, pourtant, des givrés dans les cours d’assises et les audiences correctionnelles, et certains qui ont fait bien pire que lui. Celui-ci fout pourtant singulièrement la pétoche. On n’aimerait vraiment pas le croiser la nuit, par exemple dans ce bas-fond qu’est (re)devenu le quartier Saint-Leu à Amiens.

    Jonathan y zone justement 25 octobre dernier. « Je revenais de voir une copine à Reims et j’ai décidé de passer la soirée à Amiens », explique ce Dunkerquois de 20 ans, cheveux blonds et courts. En bordée, il arrime Cédric, sorti « pour acheter des cigarettes » mais qui n’a pu résister à l’appel de la blonde (on parle de bière). Dans un bar, déjà, Jonathan explose un client qui a eu le malheur de lui « parler mal ». Cédric commence à trouver ce copain encombrant mais ne sait plus comment s’en débarrasser sans risquer l’un de ses abattis. Il suit donc la vague houblonnée et quand Jonathan lui demande trente euros pour se payer l’hôtel, s’exécute sans barguigner.

    Les deux hommes ne sont pas loin de se séparer, du côté de la gare, quand Cédric a le malheur de sortir son iphone pour prévenir sa copine qu’il va – enfin – rentrer. « Donne ton téléphone, donne le code », lui intime Jonathan. Cédric ne cède pas. C’est le portable de sa compagne : entre la peur des coups et celle d’une scène de ménage, il a choisi. Il n’en aura pas de regret : coups de pied, de poing, de boule ; il subit un véritable passage à tabac que Jonathan revendique encore fièrement devant le tribunal : « Il m’a dit nique ta mère. Moi, on me manque de respect, je casse les jambes. Même mon père, je le casse. Je l’avais prévenu : maintenant, il assume ».

    Cédric, le genou out pour de longues semaines, jure évidemment que jamais il n’aurait insulté un si menaçant compagnon de beuverie. Jonathan est condamné à 18 mois de prison ferme et placé sous mandat de dépôt. Pourvu qu’en maison d’arrêt, personne ne lui manque de respect…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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