La peur, ça craint

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    “La plus éminente médiocrité du Parti” (James Vaughan sous CC)

    L’amour aurait ses raisons que la raison ignore. Que dire alors de la peur ? En toute logique, seuls devraient inspirer ce sentiment les puissants, les gens armés ou les forts des halles. D’où l’exaspération du président de la cour d’assises de l’Oise, en entendant une procession de témoins, en début de mois à Beauvais, ânonner « j’avais peur », «il me faisait peur », «tout le monde en avait peur ».

    On se tourne vers Didier Choquart. Bouffi dans ses vêtements de sport bon marché, il s’exprime parfois avec virulence mais ses libertés avec la concordance des temps témoignent d’un parcours scolaire réduit à sa plus simple expression. Deux ans de détention provisoire, ça use. Avant, fut-il au moins flamboyant, riche, influent, au point d’inspirer la terreur ? Choquart est le treizième de treize enfants d’une mère au foyer et d’un ouvrier d’usine, en vallée de la Bresle. À 10 ans déjà, il pique les sous-vêtements de sa mère ; à 15 ans, il commence à se travestir en femme pour arpenter les rues et les planchers de discothèques des trois villes soeurs. Il évoluera cahin-caha en profitant de tous ceux qu’il croisera – famille, amis, conjoints. En leur faisant peur… Son ancienne voisine, dont il a squatté l’appartement, témoigne : «On ne donne pas d’ordre à M. Choquart. On subit M. Choquart. » Le dernier compagnon de cette terreur finira amaigri, déshydraté, couvert d’immondices, d’où la condamnation de Didier-Sabrina (qui touchait chaque mois la pension de l’invalide) à 15 ans de réclusion pour délaissement. Le malheureux est mort sans se révolter, sans ébaucher un cri, sans composer un numéro de téléphone, aussi silencieux que tous les témoins du drame rendus muets par la crainte d’un travesti minable, paumé, inoffensif… Incroyable ? Hitler – peintre raté sans emploi aux idées farfelues – était-il grand et fort ? Staline – la «plus éminente médiocrité du Parti » (dixit Trotski) – inspirait-il quelque respect ? Et tous ces petits Benito qui nous pourrissent la vie, ces Pol-Pot du quotidien qui n’ont même plus besoin de hausser la voix pour que l’on file doux : d’où tirent-ils ce pouvoir surnaturel ? Finalement, la peur n’est pas l’amour car la peur a sa raison que la raison ne devrait jamais perdre de vue : notre lâcheté.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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