La victime n’était pas parfaite

    Classic Christmas Madonna images. The Virgin Mary and the infant Jesus.
    N’en demandons pas trop, on sera moins déçu. (Waiting For The Word sous CC)

    On aimerait que toutes les victimes fussent des vierges à la manière du Quattrocento, le regard humble baissé vers le sol, une ample robe bleue masquant la plus infime de leurs rondeurs, les mains jointes en signe de piété.

    On ne croise pas énormément de saintes ; plus souvent nos pas perdus emboîtent-ils, comme cette semaine, ceux d’une femme rouée de coups, sauvagement violée en août 2010. Elle s’excuse presque d’être là, sourire gêné dans un visage harmonieux encadré de cheveux noirs, poitrine généreuse, jambes fines. Pas vilaine, à 51 ans. S’est-elle prise pour une de ces cougars qu’exhibent les magazines féminins ? La nuit du drame, elle a passé la soirée avec son futur agresseur, un jeune homme de 29 ans plutôt bien fait de sa personne. Dans le bar qui organisait un karaoké, elle a dansé, un peu ; a ri, beaucoup ; a bu, énormément. A flirté, aussi, avec ce beau gosse né au Mexique mais adopté par une famille française, roulant des gamelles à pleine bouche, se laissant tripoter sous sa robe d’été, mettant elle-même la main à la pâte (et du coeur à l’ouvrage), au point que sa copine lui a recommandé de mieux se tenir : « Il y avait des enfants qui regardaient, quand même».

    Parlons-en de la copine… Aux assises, peut-être pour mieux faire oublier qu’elle-même faisait la nouba avec son petit garçon de trois ans, puis laissait entrer de parfaits inconnus dans l’appartement où dormaient ses deux jeunes filles, elle ne fait aucun cadeau à son amie : «Dans le bar, dès le début de la soirée, elle m’a dit qu’elle voulait coucher avec lui, que d’habitude, elle préférait les noirs, mais que là, elle en prenait un plus clair. Après, en rigolant, elle m’a même dit “au retour, on va s’arrêter au bois” ». C’est là qu’au petit matin, un retraité parti promener son chien la trouvera, montagne de chair tuméfiée, flaque de chair au milieu des flaques de son sang. Les médecins diront qu’elle a été sauvagement violée ; elle ne s’en souvenait pas, inconsciente autant à cause de l’alcool que des coups. Cette semaine – c’est la gloire de la justice – elle a été reconnue partie civile, autant que la plus pure des madones. Le crime est rarement parfait : on ne va pas en demander davantage à la victime.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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