La vie de Brian

    Brian est né en 2006 d’un père qui ne l’a jamais reconnu et que sa mère n’a pas revu. «Dans des circonstances douloureuses, dont ma cliente m’a demandé de ne pas faire état», complète Me Stéphane Daquo. Après la naissance, la maman, Amiénoise de 28 ans, a vécu avec un homme. Ça ne se passait pas trop mal. Puis elle s’est mise en ménage avec un autre : ça ne se passait plus très bien pour Brian, fatigué d’appeler papa tant de messieurs.

    En septembre 2011, sa directrice d’école a signalé des traces au visage, des hématomes à la paupière et sous un oeil, des traces rouges allant du sourcil au nez. En décembre, les services sociaux ont fait écho : contusions multiples au visage, ecchymose à l’oreille, traces d’ongle, marques sur la cuisse témoignant de coups donnés à des dates différentes. «Quand je ne suispas sage, maman elle me tape, mais pas à la figure, et elle me met au coin. Johan, lui, il tape avec le poing fermé », a décrit l’enfant. Àl’audience du 18 septembre, la procureure décrit une scène surréaliste, pendant la mise en présence, quand le couple s’est interrogé sur l’origine des ecchymoses : «Mais non, toi, c’était le coup de poing. La joue toute bleue, c’était moi… » L’avocate de l’enfant, Virginie Canu, décrit la double peine subie par Brian : les coups, évidemment, mais surtout le placement en foyer – cette injustice : lui qui doit partir, l’autre qui peut rester. «Il n’est pas venu à l’idée de madame que son fils serait mieux au domicile et son conjoint à l’extérieur ? Elle ne s’est pas dit qu’il lui revenait d’accueillir et protéger son enfant Quand elle exerce son droit de visite, elle n’ouvremême pas les bras pour le prendre. D’ailleurs, elle a avoué qu’il n’était pas désiré. » La femme pleure. Elle n’a pas été gentille, mais le costume de grande méchante ne lui va guère mieux que sa doudoune vert tendre. L’audience suspendue, à 11 heures, elle se répand un long moment sur l’épaule de l’échalas qui a commis l’irréparable et qu’elle n’a pas su quitter, autant par amour que par peur de la solitude. Trois heures plustard, ils sont toujours là pour écouter l’énoncé du jugement – dix mois avec sursis – repoussé à 14 h 15 pour cause de rôle surchargé. Ils sont tellement paumés et contrits qu’on aurait aussi bien pu leur demander d’attendre jusqu’à minuit…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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