La vieille dame et l’aide ménagère

    Old woman's hands with deep wrinkles and protruding veins tucked between her legs. She is wearing a bright green sports suit.
    Cette chère mamie… (Horia Varlan sous CC)

    Ce genre d’affaires, avec l’allongement de la vie et l’éclatement des familles, grimpe lentement mais sûrement dans le top 10 du tribunal correctionnel.

    En juillet 2011, une vieille dame de 88 ans, veuve depuis un quart de siècle, est hospitalisée dans sa bonne ville d’Amiens. On vient de lui diagnostiquer un cancer qui mettra moins d’un an à l’emporter. Pour l’équiper d’une téléalarme, il faut produire trois relevés bancaires. Le neveu et la nièce plongent dans le fatras des papiers et découvrent un détail qui les chagrine : «Alors qu’elle touchait 2 600 euros de retraite, elle puisait régulièrement dans ses économies pour renflouer son compte courant. » Ils demandent donc à la banque le détail de certains chèques de plus ou moins 1 000 euros, et apprennent que 37 d’entre eux ont gonflé les finances de l’aide ménagère à domicile qui officiait depuis 2006, en plus, évidemment, de sa paie régulière, qui pouvait atteindre 1 500 euros.

    Quand presque tout le monde irait derechef frapper à la porte du commissariat le plus proche, la famille choisit une voie inhabituelle : elle mène l’enquête, accumule les pièces, fait interroger la victime par un huissier de justice et saisit la justice par citation directe. «Pour aller plus vite », explique son avocate. «Pour justifier le licenciement », objecte l’avocate d’Emmanuelle, une femme de 41 ans venue à l’audience du 18 septembre protester de son innocence. «C’est vrai, elle voulait me faire plaisir, mais avec le temps, nous étions devenues plus que des amies. On se faisait confiance. Elle me disait : “Manue, c’est mon argent, je n’ai de compte à rendre à personne.” »

    C’était «une femme très aisée mais esseulée, en fin de vie, aux rares contacts avec sa famille qui ne s’occupait pas d’elle », renchérit l’avocate. Après tout, pourquoi pas ? Sauf qu’il y a les talons… Régulièrement, «Manue » a inscrit sur les talons de chèques des petites sommes correspondant pile poil à des factures à régler, quand sur la formule, elle a rédigé une jolie somme qui a abouti sur son compte en banque. Elle est condamnée à un an de prison avec sursis, interdiction de travailler comme aide à domicile pendant cinq ans et obligation de rembourser plus de 28 000 euros aux héritiers.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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