L’Assomption de Marie

    C’est André le prévenu (de violences conjugales) et pourtant, Marie prend toute la place ce vendredi après-midi de mi-septembre à l’audience des comparutions immédiates.

    Le 16 juillet, André n’avait pas envie qu’on lui fête son 45e anniversaire, mais Marie a passé outre et lui a acheté un gâteau. La sucrerie a tourné vinaigre, il l’a attrapée au cou et l’a poussée au sol. Elle a porté plainte, il est retourné en détention. Il avait, en effet, été libéré en février 2013 et malgré une interdiction judiciaire, s’était remis en ménage avec Marie. Elle est plus jeune que lui, la trentaine tout au plus, et elle ne mâche pas ses mots, non pas à l’encontre du prévenu violent, mais de la justice qui la protège et qu’elle appelle au secours à l’occasion : «J’ai retiré ma plainte, j’ai écrit au procureur mais j’attends encore la réponse. » On lui explique que ça n’éteint pas l’action publique. Elle est prête à tout pour récupérer son homme, même de dire qu’elle a inventé, mal conseillée par sa famille : «Je me suis laissée influencer par ma tante parce que mon père n’aime pas mon copain, ment-elle avec cran. Mon père veut venir sur Amiens pour le taper. Ma famille m’a monté la tête. Mon père, il me prend pour une kassos. »

    André ne sait plus ce qu’il doit dire. D’abord, il nie : «J’avais avoué devant les policiers parce que j’en avais marre. » Puis il se ravise : «C’est vrai, je l’ai tenue au cou, je l’ai poussée, elle est tombée. » Marie semble plus solide que celui qui ne sait ni lire ni écrire et se souvient à grand-peine de son dernier emploi : «Il y a déjà quelques années, six mois à la citadelle. » Ils ont eu un enfant. Quand André est sorti de la maison d’arrêt, ils ont renoué. Vivaient-ils ensemble ? «Non, je faisais du yoyo, vu que vous nous interdisez de nous voir », reproche Marie au tribunal. «Elle ne peut pas se protéger, il faut que la société la protège », explique le procureur. Me Daquo objecte : «On l’a condamné pour des violences conjugales, puis on a autorisé Marie a lui rendre visite en prison. Avec leur bagage intellectuel, c’est incompréhensible. C’est à se taper la tête contre les murs ». André est condamné à quatre mois ferme. Aux dernières nouvelles, Marie l’attend. Elle avait pourtant prévenu : «Je ne veux pas qu’il retourne en prison. Je me laisserai mourir. On me retrouvera six pieds sur terre ». « Sur », pas «sous » : c’est l’Assomption…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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