Le bistrot qui ne voulait pas mourir

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    “Si quelque chose devait me manquer, ce ne serait pas le vin mais l’ivresse” : la phrase est d’Antoine Blondin et la photo de Willy Verhulst (sous CC)

    C’est l’administratrice judiciaire qui a cafté : Jean-Marie continuait à tenir son bistrot de Bourseville, dans le Vimeu, alors qu’une liquidation judiciaire l’avait frappé en novembre 2014. Il avait tendance à s’incruster. Normal, puisque son logement, c’était le premier étage du troquet, dont il ne payait plus le loyer.

    Jean-Marie, 58 ans, cheveux blancs clairsemés et fine moustache soignée, c’est un homme d’un autre temps. La comptabilité de l’ancien légionnaire au casier judiciaire blanc comme neige, c’étaient de petites enveloppes : une pour payer les fournisseurs, une pour la nourriture, une pour le dépôt du Courrier picard, une pour celui du pain.

    Il avait repris le café en 2004. « Au début, ça marchait bien, se souvient-il. Et puis le tabac… le bar… ça s’est écroulé… » Des lois hygiénistes sont passées par là : fumer dans un lieu public, c’est grave ; prendre le volant après avoir bu un demi, c’est criminel. Inéluctablement s’est effondré avec son chiffre d’affaires le simple rêve de l’ex-militaire, qui consistait à finir honnêtement sa vie professionnelle du bon côté du bar.

    Il ne s’y est pas résolu. Alors, chez lui, on continuait à trouver du pain et le journal. Et puis, à l’occasion, à boire un verre. « C’était plus pour rendre service qu’autre chose. On passait un moment agréable entre amis, les gens donnaient ce qu’ils voulaient. Moi, je n’avais que le café comme attachement… »

    Son avocat Marc Blondet confirme : « Il faut quand même relativiser. Il vendait six baguettes par jour. Il les achetait 80 centimes et les revendait 85 centimes. Bref, sur sept mois, on parle d’un trafic qui a généré 60 euros de bénéfice… » Et puis “à Bourseville, quand on vient acheter son pain en chaussons, c’est dur de résister à l’appel de l’apéro… »

    Le tribunal prend la mesure du délit. Jugement : 300 euros d’amende avec sursis. Jean-Marie vit chez un cousin. Il touche le RSA en attendant la retraite.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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