Le choc des cultures

    Nier en bloc, c’est une tactique de défense pas plus bête qu’une autre. A condition de ne pas avoir avoué devant les gendarmes, bourde sottement commise par Benoît, un ouvrier agricole de 37 ans. Il a ensuite choisie un cabinet d’avocat réputé sur la place amiénoise. Trop tard…

    Son épouse, Sana, a porté plainte à de multiples reprises pour des coups attestés à la fois par des médecins et des photos d’hématomes. Jusqu’au mois de juin 2014 quand, à Hornoy-le-Bourg, il l’aurait frappée à coups de ciseaux. Elle a obtenu de la justice une mesure de protection, vit en foyer et a demandé le divorce. «Moi aussi j’aurais pu faire des photos et porter plainte… On se donnait des coups mutuellement. Je buvais du whisky et elle du rosé. Depuis, j’ai complètement arrêté», plaide Benoît qui maugrée s’être «bien fait avoir». Sa thèse, c’est que Sana n’est tombée amoureuse de lui que pour obtenir des papiers. «Le lendemain du mariage, elle est partie pour trois mois au Maroc soi-disant pour faire des papiers. Elle n’a pas donné de nouvelles», dénonce-t-il. On est dans le choc des cultures : «Elle faisait sa prière devant mes enfants. Moi, j’ai rien contre, mais elle aurait au moins pu monter dans sa chambre, non ?» Tellement maladroit qu’on finirait par le croire honnête, Benoît ajoute que «les Marocains sont capables de se mutiler eux-mêmes pour gagner un procès. Si, si, on me l’a dit».

    L’histoire ne serait pas complète sans un petit parfum d’adultère. Notre petit gars de la campagne rougit jusqu’aux oreilles quand la juge lui rappelle l’accusation de sa femme : «Je suis montée me coucher à minuit. Quand je suis redescendue dans la nuit, il était nu dans le canapé avec une collègue de travail». Devant les gendarmes, Benoît avait reconnu «un baiser». A la barre, il nie tout. «C’est pas vrai !, jjure-t-il comme un collégien que ses copains ont croisé en ville main dans la main avec Géraldine, de la 5e D”.

    Jugement : quatre mois avec sursis. «Je crois qu’elle avait tout préparé», conclut-il.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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