Le chœur en toc

    Tout semblait clair comme du papier à musique (le gars qui a créé cette expression ne connaissait pas Lizt, mais passons). Hélène avait porté plainte le 7 février contre son époux François pour violences, dégradations, menaces de mort. Une amie du couple confirmait, une voisine attestait, un médecin délivrait un certificat. Mieux: les gendarmes constataient que tout était cassé dans la maison de Saint-Léger-les-Domart, entendaient de leurs propres oreilles les menaces téléphoniques préférées par François et lisaient de leurs propres yeux ses SMS amoureux: «Je vais te crever», «Mange tes morts», «Je vais enculer ta mère». Pour tout arranger, François compte quinze mentions au casier, dont deux pour violences conjugales.

    Le 11 février, il est présenté en comparution immédiate et demande un délai. Le 4 mars, il revient dans le box des accusés et… patatras.

    Hélène, une maigrelette dont les vêtements noirs sont assortis avec ses cheveux de geai, explique aux juges qu’elle a «menti sur tous les faits». «Je n’avais pas accepté qu’il voie une autre femme», justifie-t-elle. Les dégradations? «L’aquarium était trop lourd pour l’étagère. La porte n’a pas été réparée par le propriétaire. Mon petit frère, il saute sur les murs et les enfants, ils «joutent» (sic) au ballon». Les violences? «J’ai tout inventé, j’avais rien». Les menaces? «Mange tes morts, c’est pas une menace chez les gens du voyage, c’est notre parler». La bonne copine vient confirmer: « On a monté ce petit guet-apens à deux pour lui faire payer son adultère».

    François observe le chœur non pas antique, mais en toc, chanter ses louanges. La procureur ne connaît pas les paroles. Elle n’en croit pas un mot et menace Hélène de poursuites pour faux témoignage.

    Jugement: un an ferme pour François, qui a promis de reprendre la vie commune. Vaudrait mieux…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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