Le délit de yo-yo

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    Ça s’en va et ça revient. (photo George Thomas sous CC)

    En droit français, on ne peut être condamné que si l’on avait conscience du délit que l’on commettait. On ne devient ni délinquant, ni criminel à son corps ou son esprit défendant (en revanche, on peut être obligé de réparer civilement une faute, même involontaire).
    C’est au nom de ce principe que dans notre pays, depuis des siècles et on espère pour quelque temps encore, on ne juge pas les fous, au motif que leur handicap mental les rend irresponsables, au sens strict du terme, des faits dont ils sont les auteurs. C’est également au nom de ce principe que Sébastien, 32 ans, est ressorti innocenté du tribunal d’Amiens le 16 août dernier.
    On voudrait, pour lui, écrire qu’il s’en est allé libre comme l’air mais ce serait abusif puisqu’il a traversé un palais de justice déserté en ces temps estivaux, à l’aller comme au retour, encadré par deux policiers et entravé, lui qui purge actuellement l’une de ses treize condamnations.
    Il lui était reproché d’avoir, le 23 février dernier, recelé un appareil téléphonique de marque Samsung dans les locaux de la maison d’arrêt. Sébastien avait en fait commis le délit de yo-yo, qui consiste à remonter (ou descendre) une chaussette d’une fenêtre de geôle à l’autre. Sa chance, c’est qu’il a été surpris par le gardien avant même d’avoir ouvert le paquet. “J’étais dans une mauvaise cellule, avec des gars à problème. Je ne pouvais pas faire autrement sinon j’aurais eu des représailles dans la cour de promenade. Mais je n’avais aucune idée de ce que contenait le paquet. En fait, je croyais que c’était du tabac…” Bien vu, car au contraire des portables et de la drogue, la clope est encore autorisée dans les  prisons, au mépris des lois anti-tabagiques mais au nom du bon sens : paradoxalement, priver les détenus de briquets équivaudrait à mettre le feu aux maisons d’arrêt déjà au bord de l’explosion. “Pour être condamné, il faut avoir conscience de ce qu’on recèle”, plaide Me Godreuil. Le procureur demande 15 jours, sans grande conviction. Sébastien est finalement relaxé. “Depuis, j’ai changé de quartier, ça va beaucoup mieux.”

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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