Le feu aux poudres

    Le 21 juin 2014, c’est jour de feu de la Saint-Jean à Ailly-sur-Somme, bourgade de trois mille habitants à l’ouest d’Amiens. Dans son bel uniforme des pompiers, Jean est de service pour veiller à ce que quelque flammèche ne mette en péril la foule venue admirer l’embrasement. Le bûcher s’est embrasé, “tout était en sécurité, on a pu retirer nos casques”, se souvient Jean. Juste à temps pour voir venir à grandes enjambées Paul.

    Les deux hommes ne s’apprécient guère, à la fois pour des histoires de sous et de famille. Paul demande à Jean pourquoi il ne s’est pas rendu, une semaine plus tôt, à l’enterrement de sa belle-mère, Nadège, apparentée par alliance à Jean. “Parce que je ne l’aimais pas”, répond le pompier, qui ajoute que Paul lui a lancé “fils de pute, je vais te crever, tu ne respectes pas ma belle-mère”. Ils doivent être mignons, les deux coqs de 50 ans qui malgré leurs bedaines retrouvent leurs réflexes de baloche devant le village réuni. Paul explique ensuite que Jean a essayé de le frapper avec son casque, qu’il a seulement voulu se protéger : “J’ai mis mon bras en avant, je lui ai peut-être touché le visage”.

    Jean, conforté par le chef des pompiers, jure au contraire que Paul l’a agressé et l’a fait lourdement tomber. La procédure mettra du temps à sortir des fonds de tiroir judiciaire, permettant à Paul de parader dans Ailly en claironnant qu’il “connaît bien les gendarmes”. Il doit moins bien connaître les juges puisque ces derniers l’ont condamné à du sursis. Ce n’est pas la fin du monde mais l’essentiel est ailleurs.

    La chute de Jean était vraiment mauvaise, son épaule a été réduite en miettes, il n’a pas pu travailler pendant dix-huit mois”. L’avocat de Paul soupire : “Dix-huit mois. Au civil, quand l’Assurance maladie va se retourner contre lui, ça va lui coûter un bras…”

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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