Le havre pas Le Havre

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    C’est pourtant le même architecte… (tetedelart1855 sous CC)

    Julien a 28 ans et cinq mentions au casier judiciaire. Ce n’est pas glorieux mais on a vu pire. Tout sage, il a bien l’air «soulagé», ce sentiment qu’il dit avoir éprouvé quand les policiers d’Amiens l’ont interpellé après cinq ans de cavale, le 16 mars dernier.

    En 2009, Julien est mêlé à une affaire assez sérieuse de destruction de bien d’autrui. Une instruction est ouverte. Il purge huit mois de détention provisoire rue de la Défense passive.

    Il comparaît et écope de plusieurs mois de prison qu’il ne purgera pas dans sa bonne ville d’Amiens, victime de la surpopulation carcérale qui oblige l’administration pénitentiaire à transférer des détenus vers d’autres centres, non pas mieux, mais moins mal lotis.

    Comment choisit-on ces candidats à l’exil forcé ? De manière assez injuste, explique l’avocat Me Stéphane Daquo<UN>: «Les directeurs évitent d’envoyer à leurs confrères les détenus à problèmes. Ça peut se comprendre mais le résultat, c’est qu’on punit ceux qui se tiennent bien». Julien se retrouve donc au Havre, son air iodé, son architecture soviétique, ses 362 kilomètres et 25 euros de péage d’Amiens (aller-retour). D’un coup, c’en est fini des parloirs. Sa mère, sa sœur, sa compagne et ses deux enfants ne peuvent pas lui rendre visite.

    En avril 2011, Julien bénéficie d’une permission de sortie. On imagine la suite… Oh, il n’ira pas bien loin. Ce n’est pas le genre de délinquant qui s’envolerait pour le Brésil. Il va rester chez lui, benoîtement, entre maman, sœurette et mamour (à qui il va refaire un polichinelle). «Il va même travailler, indique Me Daquo. Bon, au noir, évidemment.» Ce n’est pas la belle vie, cette existence sans existence légale, ce nouvel exil à domicile. La puissance publique se mobilise pour le traquer. Le Havre transmet l’information à Amiens en décembre 2013 ! Et Amiens mettra encore deux ans à l’alpaguer.

    Jugement : trois mois qui s’ajoutent aux huit qu’il lui reste à purger. À Amiens.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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