Le linge sale en famille

    La petite dame permanentée de frais pourrait servir d’égérie à une campagne de pub pour l’institut Curie, tant elle est remontée à la barre alors qu’elle atteste avoir été «opérée d’un cancer du poumon le 2 novembre 2012 ».

    «Ma fille s’est suicidée en février », affirme-t-elle. La présidente Stella la reprend : «Non madame, “tenté de se suicider”, sinon elle serait morte. » Me Giheneuf s’engouffre dans la brèche : «Et vous regrettez qu’elle se soit ratée, n’est-ce pas ? » La matrone ne se démonte pas : «Oui, c’est bien dommage. Quand on en arrive à voler ses propres parents… »

    L’accusée, Solange, 29 ans, est absente. Tant pis. On lui reproche d’avoir joyeusement piqué dans les comptes de ses parents fin 2011, début 2012, alors qu’elle avait procuration car elle vivait chez ses géniteurs, à Corbie, après que de lourds impayés de loyer eurent abouti à son expulsion. On dit qu’elle a aussi spolié « papy et mamie », un couple de voisins dont seule la dame est présente à la barre, assise sur une chaise en raison de sa faiblesse. Monsieur, en effet, est mort en mars 2012. En procédure, Solange a expliqué qu’elle n’avait rien volé du tout, qu’elle était « la chouchoute » de papy et qu’il lui avait fait plein de cadeaux dans les derniers mois de sa vie : «Il préférait que ça revienne à moi car il n’aime pas sa fille et sa femme perd la tête. » Mamie n’en revient pas : «Oh la menteuse ! Heureusement que mon mari est mort parce qu’elle réussirait à fâcher un couple. »

    Ce qu’il y a de ressentiment au Palais de justice ce matin-là ! La mère permanentée glisse au magistrat, comme si elle révélait un secret d’État : «Et vous savez, elle a été en vacances en Tunisie. Deux fois. C’est mon fils, qui ne lui parle pas non plus, qui l’a vu sur Facebook. »

    «Mes clients, eux, ils n’ont jamais quitté la France », remarque Stéphane Daquo qui parle de « confiance trahie » et de gens modestes « dépouillés ».  Puisque l’on en est aux grands mots, sa consoeur Christine Guiheneuf décrit sa cliente comme « une Cosette», une « esclave ».

    Jugement : huit mois de prison avec sursis, 35 000 euros à verser aux parties civiles et interdiction pendant cinq ans d’exercer un métier d’aide à la personne (Solange rêvait de devenir aide à domicile).

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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