Le papy zinzin était trop généreux

    Dommage qu’il en manque une, le trio aurait été croquignolet : la fille indigne, la commerciale aux dents longues et l’aide-ménagère sournoise. Et puis, on aurait pu ajouter le petit-fils vénal, mais le parquet l’a miraculeusement oublié…

    Ah, ils lui ont fait ouvrir son carnet de chèque, à l’aïeul né en 1926 ! 27000 euros pour la première, 10000 pour la deuxième et 14000 euros pour l’autre, celle qui brille par son absence. Abel vivait dans un petit village du Vimeu vert. Ses premiers signes de démence sont apparus en 2008, témoigne son médecin. «Un de mes fils a réussi à le faire interner en hôpital psychiatrique», se souvient, amère, la fille d’Abel. C’est la guerre dans la famille, d’autant qu’un autre petit-fils du vieil homme a réussi à bénéficier d’une donation de la maison et, pour faire bon poids, de 14000 euros en chèques. «Pourquoi n’est-il pas là», a beau jeu de s’interroger Me Crépin. En 2010, donc, il apparaît que les finances d’Abel subissent «une chute vertigineuse», dixit la présidente Briet. En mai 2009, son solde était positif de 44000 euros ; en janvier 2010, son découvert s’élève à 2800 euros. La fille porte plainte. Elle a oublié la fable de l’arroseur arrosé…

    Les gendarmes découvrent que l’aide soignante, Sophie, à force de se plaindre de ses soucis financiers, a réussi à toucher le pactole. Ils s’intéressent aussi à Fatiha, cette jolie brune qui vendait des biscuits à Abel. Me Guillaume Combes n’y va pas par quatre chemins : «À l’époque, a fleuri ce genre de sociétés qui envoyaient au domicile des vieux messieurs des commerciales qui étaient toujours de jolies jeunes femmes…“ Les enquêteurs tournent ensuite leur regard vers la fille, Danielle, qui a encaissé pour 27000 euros de chèques en quatorze mois. «Je lui faisais ses courses, on lui achetait son bois, et puis des vêtements», se défend-elle. C’est connu, les hommes de 83 ans en zone rurale ne manquent pas une collection de prêt-à-porter.

    Ce beau monde a été condamné à du sursis dernièrement. Abel n’en saura rien : il est mort en novembre dernier. Ça vaut mieux…

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    La pétoche

    Jonathan fait peur, tout simplement. On en croise, pourtant, des givrés dans les cours ...

    “Parce que vous m’avez envoyé une convocation”

    Dominique n’en démord pas. “J’aimerais bien savoir pourquoi vous n’arrêtez pas de parler d’agression. ...

    « Ça aurait mal fini »

    Des clients comme Thomas, les gendarmes n’en rencontrent pas tous les jours. Ceux de ...

    Attention chantier !

    Guy est un brave chef d’équipe de la DDE, plus très loin de la ...

    Les théories d’Ahmed

    «Ma femme elle est psychiatre, elle a fait plein d’études. Qu’est-ce qu’elle ferait avec ...

    Contes et mécomptes

    Il est plutôt beau gosse, le Teddy, à deux encablures de la quarantaine. La ...