Le “R”, ça veut dire républicain

    Il a une bonne tête, Philippe, 24 ans. Il se retrouve à la barre des comparutions immédiates pour détention de stupéfiants et rébellion contre un CRS, le 27 février 2014, à Amiens Nord.

    Officiellement, les policiers l’ont interpellé parce qu’il avait craché sur leur fourgon. On peut en douter, car Philippe avait plutôt intérêt à adopter un profil bas, lui qui se trouvait en cavale depuis 18 mois et cachait 100 grammes de résine dans sa poche.

    Son histoire est bête à pleurer. Son casier judiciaire orné de onze mentions l’a conduit en prison. A l’automne 2012, on l’en extrait pour le placer sous bracelet électronique, avec obligation d’accomplir ses travaux d’intérêt général. Au début, ça se passe bien, jusqu’à ce que sa femme accouche et qu’il sèche le TIG pour se rendre à la maternité. Il ne prévient pas, alors qu’un coup de fil arrangerait tout, laisse filer un jour, deux jours, trois jours ; c’est fait, il devient un évadé. « Je voulais voir la naissance de mon deuxième. Et puis je me suis attaché au petit… »

    Oh, ce n’est pas une aventure ! Philippe continue à vivre chez sa mère, un étage sous l’appartement où loge sa compagne. Il reste dans le quartier, tranquille. Un policier m’a confié un jour : « « Tu sais, les évadés, on ne cherche même pas à les retrouver. Pas la peine d’arriver à quinze avec des cagoules à six heures du mat’ alors qu’un jour ou l’autre, on sait qu’ils commettront un nouveau délit. Il suffit d’attendre ». Le problème, c’est l’impossibilité d’obtenir un papier officiel, d’établir un livret de famille, de trouver un stage sans parler d’un emploi (remarquez, du boulot, à Amiens nord, c’est impossible même avec des papiers en règle).

    Il y a deux semaines, Philippe a écopé de deux ans ferme, mandat de dépôt. Sa seule petite satisfaction sera la relaxe des faits de rébellion. En fait, c’est lui qui a été tabassé et a menacé de porter de porter plainte. Aussitôt, comme par miracle, le CRS s’est souvenu que lui aussi avait été violenté par le délinquant. De fait, même son collègue en a attesté, s’il s’est retourné le doigt, c’est en cognant sur Philippe ! « Le R, au milieu de CRS, ça veut dire Républicain. Ils pourraient peut-être s’en souvenir » commente Me Crépin.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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