Le tonton flingué

    Pendant les deux tiers de l’audience, avouons-le, Daniel se montre particulièrement désagréable. Sa nièce, âgée de 11 ans, a accusé cet homme de 47 ans de faits particulièrement graves : lui avoir tenu des propos crus (« J’ai envie, je vais te faire l’amour. Cap’ ou pas cap’ ? ») et avoir exhibé son sexe en érection devant l’enfant, alors qu’elle passait la nuit chez son oncle et sa tante, durant l’été 2013. Dans un premier temps, sa propre fille l’a accusé de paroles tendancieuses avant de se rétracter, expliquant, embarrassée, qu’elle avait simplement voulu tester la sincérité de sa cousine.

    Il est énervant, à reconnaître du bout des lèvres les allusions graveleuses et à nier farouchement l’exhibition. Il est même odieux quand il traite la gamine de « menteuse » et met en doute sa moralité : « C’est vrai, elle aussi, elle disait des choses. Et puis elle se frottait contre une poutre du salon en disant « oh oui ». Et puis elle a vu ses deux parents faire l’amour, oui, elle l’a dit à mes beaux-parents. Faut voir, madame le juge, on voit que vous ne la connaissez pas, oh là là là ! C’est loin d’être une sainte… »

    Non, Daniel, certainement pas une sainte, mais une fille de 11 ans, alors que tu en as presque cinquante. En plus, il s’apitoie sur son sort… « Je ne dors plus, j’ai perdu cinq kilos. Vous me faites passer pour un monstre… elle, elle n’a pas souffert. Vous la verriez dans les rues, elle se fout plutôt du monde qu’autre chose ».

    Le psychiatre, à juste titre, a relevé que Daniel voyait la petite comme « co-instrigatrice, gommant la différence d’âge ». Le médecin a surtout fouillé dans le passé de Daniel, élevé entre une mère inactive et un père autoritaire, et qui apprend à l’âge de 12 ans que son géniteur n’est pas celui-ci mais… son oncle. Son oncle, ça ne vous dit rien ? Daniel pleure, tremble, cogne fort du plat de la main sur la barre d’infamie : « Vous ne parlez pas de mon père ! »

    « Vous n’êtes jamais allé voir un psychologue ? », tente de glisser le procureur.

    « Non, non, je suis très bien dans ma tête », répond l’homme que, justement, tout son visage dément.

    Il est condamné à dix mois de prison avec sursis comportant l’obligation de suivre des soins. Il serait temps…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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