Le vin mauvais

    Il y a des jours à stups et des jours à bibine… Dans le temps, au tribunal de Péronne (snif!), on avait attribué aux mardis consacrés aux CEA (conduites en état d’ivresse) l’enivrant qualificatif d’ “audiences beaujolais”.
    L’alcool attire davantage la mansuétude que les autres délits. C’est ainsi. Monsieur Tout-le-monde croit (parfois à tort) qu’il est rigoureusement impossible qu’un jour il vole, viole ou tue. En revanche, il ne mettrait pas sa main à couper qu’il ne se fera jamais contrôler par des hommes bleus, un samedi soir, avec deux bières en trop dans le nez.
    Les quatre prévenus du jour n’ont pour point commun que d’avoir présenté un taux de deux grammes dans le sang. Sinon, c’est du tout-venant : deux jeunes, deux vieux ; deux chômeurs, deux travailleurs ; un rural, trois urbains. Et quatre misères, parce que pour une soirée rigolote, il y a quand même pas mal de nuits sordides…

    “Ça, c’est ce que vous croyez”
    barcotonyter
    L’auteur lui-même, en ses jeunes années, a parfois cédé à l’intempérance. Crédit photo : un autre client, va savoir qui…

    Julien a 23 ans. L’autre samedi, il est parti de son appartement amiénois où “c’est trop petit. On étouffe”. Avec des copains, d’abord, puis seul dans le parc de la Hotoie, il a bu. “Une demi-bouteille de whisky et un pack de douze”, estime-t-il au jugé. Parce que, passé une certaine heure, on ne croise pas que des bons Samaritains, il s’est fait exploser par quatre types pour lui racketter de l’argent qu’il n’avait pas. Alors il est monté sur son scooter pour tomber comme un fruit mûr sur un contrôle de police, boulevard du Port d’Amont. Son score : 1,84 gramme dans le sang, une nuit en cellule de dégrisement et le reste en garde à vue.
    Face au juge, il s’exprime poliment et distinctement. “Je déprime. C’est pour ça que je bois, surtout depuis que j’ai arrêté l’héroïne.” Il est récidiviste. L’issue ne fait aucun doute. Il part en souriant pour six mois de prison ferme, comme un garçon qui a accepté la règle du jeu et n’espère strictement rien.
    “Au moins, en prison, vous ne boirez pas”, avait lancé plus tôt dans l’après-midi le juge à un autre prévenu. Le gamin avait cligné de l’œil : “Ça, c’est ce que vous croyez”.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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