Les misérables

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    Désespérément toujours à l’affiche… (ysris sous CC)

    Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Hugo qu’on doit devenir la Cosette de la famille. Ce petit bonhomme avait huit ans quand il a expliqué à l’éducatrice que son papa lui donnait des claques, des coups de poing, le battait avec une ceinture, et que la copine de papa ne disait rien, préférant s’enfermer dans la chambre.

    Il a été placé. Papa vient le voir chaque semaine. « Ça va mieux, témoigne Sylvain, le père. Il me dit qu’il ne fait plus pipi au lit. Mais moi, je ne le savais pas, que c’était une maladie ! » « L’énurésie, ce n’est pas une maladie, c’est un symptôme », tonne le procureur. Que voulez-vous que Sylvain comprenne de cette nuance ? « Je ne sais ni lire ni écrire », avoue-t-il au président, quand ce dernier s’étonne qu’après huit ans dans la même entreprise, il ne gagne que 1100 euros.

    – Mais c’est le SMIC ! Au bout de huit ans, ce n’est pas possible !

    – Vous savez… Sans diplôme…

    « Il a été battu pendant toute son enfance, on est dans une grande misère sociale… », plaide l’avocate de Sylvain.

    « Alors est-ce qu’on retrouvera un jour Hugo devant le tribunal correctionnel pour des violences sur mineur ? », s’interroge Me Maeva Pineau. Statistiquement, oui, n’ose-t-on lui répondre.

    La maman est morte d’un AVC en 2009. « Je fais tout pour lui », pleure le père, mais il ajoute : « Je ne veux pas perdre mon amie à cause d’Hugo ». Aux policiers, il a lancé : « Prenez-le, j’en ai marre. De toute façon, je lui avais dit que je le placerais s’il pissait encore au lit ».

    Il a rencontré sa nouvelle copine en 2015. Elle est plus jeune. Enceinte jusqu’aux yeux, son informe manteau noir tient du sac. On n’a pas forcément besoin d’une burqa pour nier son corps. Elle explique ainsi pourquoi elle se réfugiait dans la chambre : « Je ne voulais pas entendre. Moi, mon enfance, c’était violence, violence et violence ». Sait-elle lire et écrire ? Ses yeux se baissent pudiquement : « Un petit peu… » On est dans un milieu où un gamin de huit ans déclare : « Je crois que j’ai deux frères. Il y a en a un à Villers et l’autre, je ne sais plus ».

    Jugement : six mois avec sursis chacun.  Hugo, lui, dès la naissance, a écopé d’une vie avec sursis. Sans aménagement de peine…

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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