Les outrages à magistrat, c’est cadeau

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    C’est dommage, ça partait bien… (photo NeoYas sous CC)

    Le pire, c’est que j’étais rudement content de revoir Anthony Colasante. Quasiment, nous avons commencé nos carrières de chroniqueur judiciaire et de délinquant en même temps. Une jolie trogne, un ton gouailleur et un nom qui sent le Campari : ce gamin de Ham avait tout pour plaire. Et puis c’était un fidèle : il revenait régulièrement. Avec dix comme lui, on aurait pu sauver le tribunal de Péronne.

    Quand on partage des audiences tristes ou souriantes, des nuits à attendre les verdicts (à l’époque, Péronne faisait souvent nocturne), des liens se nouent, qui s’évanouissent quand les menottes se referment. Mardi, on se faisait donc une joie d’assister à la quinzième condamnation d’Anthony.

    Lui moins… “C’est faux !”, a-t-il d’emblée interrompu le président Simoëns. Le magistrat expliquait que deux voleurs de voitures, à Ham et Offoy, le 26 juillet 2011, avaient dénoncé Colasante comme était leur complice. Puis s’étaient rétractés en confrontation. Il y a aussi ce téléphone portable, que l’une des victimes a retrouvé dans sa 205 en cours d’effraction. En fond d’écran, on voyait Anthony posant tout fier avec un gun…

    Le jour de l’audience, la dite victime, à un moment, croise pour son plus grand malheur de regard du prévenu. D’un coup, il est moins sympathique : “Tarlouze. Trou du cul. Espèce de victime de merde. Tu vas voir quand je vais sortir. Je vais baiser ta mère”.

    “Vous le sortez ! Madame la greffière, notez. Le parquet pourra poursuivre”, ordonne le président Simoëns. L’avocat Jean-Rémy Bourre minaude : “Monsieur le président, votre carrière sera longue… Si vous commencez à vous énerver maintenant… vous en verrez d’autres !” Réponse : “Je me suis énervé avant de vous connaître et le code de procédure pénale me donne le droit de juger votre client en son absence dès lors qu’il menace de mort une victime”. On poursuit donc, et l’on réintègre Anthony Colasante pour qu’il sache que le tribunal le condamne à deux ans de prison dont un ferme. Il éructe : “J’ai la rage. Tribunal de merde! Moi aussi je peux le faire, juge”.

    Michaël Simoëns se la joue grand prince : “Les outrages à magistrat, c’est cadeau !”

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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