Les petites évasions

    queen
    En vrai, c’est moins spectaculaire.


    Dès que l’on parle d’évasion, l’imagination a tendance à vagabonder. On pense à Steve Mc Queen dans la Grande.
    Le futur Napoléon III quittant Ham déguisé en Badinguet ou Mesrine s’échappant du tribunal de Compiègne avec son président en otage, quand bien même le reste de leur œuvre semble discutable, acquièrent un capital sympathie dès lors qu’ils écartent leurs barreaux. Ne réveillent-ils pas en nous le goût de tout plaquer et tout remettre en cause, surtout l’ordre établi ?
    Retour sur terre, au tribunal d’Amiens. Ici, les évasions n’ont rien de spectaculaire. Comme Romuald et Pierre-Marie, convoqués lundi en comparution immédiate, il s’agit de détenus qui ont bénéficié d’une semi-liberté. C’est sympa, la semi-liberté. On bosse ou on se forme le jour, on dort en taule le soir.
    Romuald, 31 ans, a un gros problème avec l’alcool. En prison, il avait commencé à se soigner. Quand il a trouvé un boulot, on l’a laissé sortir mais on a suspendu son traitement. Bilan : il est rentré bourré un soir en maison d’arrêt, a senti que le juge d’application des peines n’allait pas apprécier, n’est donc pas rentré le lendemain soir et a fait un mois de bringue avant de se rendre au poste de police. “Je n’avais plus un rond, je sentais que j’allais recommencer à voler et je ne voulais pas d’une peine plancher“, se souvient-il à sang frais.

    Pierre-Marie, 25 ans, avait tout fait comme il faut. Il s’était trouvé une formation et même un petit boulot, quatre soirs de suite lors de la Fête dans la ville, à Amiens en juin 2010. Il fallait travailler le soir. Pierre-Marie a donc demandé une permission, qui a traîné de bureau en bureau, au point qu’il s’est retrouvé évadé sans l’avoir voulu, le 18 juin. Il n’est pas rentré. Il avait trop peur. “Le problème des semi-libertés, c’est qu’on est au rez-de-chaussée avec au-dessus de la tête les prisonniers normaux. Ils nous mettent une pression pas possible pour qu’on leur ramène de la drogue. Moi, ils m’ont même cité l’adresse de ma sœur en m’expliquant ce qu’ils allaient lui faire. Je ne vous dis pas, vous vous doutez…” Il ne sera interpellé par les policiers qu’au début du mois d’avril 2011, après dix mois de galère, “à jouer de la guitare, à dormir sous les ponts”. Me Berriah n’a pas de ces pudeurs : “C’était un clochard, ni plus ni moins”.

    Jugement : quatre mois pour Romuald et huit pour Pierre-Marie. Ferme, évidemment.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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