Les témoins

    5555750099_6399ebbc6c_b
    Qu’est ce que ce serait si on jurait sur la Bible !

    Ils ne sont pas victimes et encore moins accusés, les témoins de cour d’assises. Ils jurent de dire « toute la vérité, rien que la vérité » : on ne leur demande pas davantage. De là où sont placés les journalistes, on les voit arriver de la salle où la procédure les a confinés, parfois pendant des heures. Leurs mains tremblent, ils suent. Marcheraient-ils vers la mort qu’ils n’arboreraient pas cet air de chrétien promis aux lions.

    Parfois, ils n’ont pas tort. Un camp attend leur témoignage, l’autre le redoute : une partie compte en faire son miel lorsque l’autre a hâte de le démonter. L’autre semaine, dans le procès Chabé, à Amiens, une psychiatre des pompiers de Paris devait évoquer le «stress dépassé », qui empêcherait un professionnel de pratiquer avec un proche les gestes de secours qu’il prodigue à longueur d’année à des inconnus. Témoignage important, car il tendait à expliquer pourquoi l’accusé, pompier professionnel, n’avait rien tenté pour sauver sa femme. La pauvre psy a connu un grand moment de solitude : la partie civile et l’avocate générale ont remis en cause ses compétences, ergoté sur le «petit article » qu’elle aurait écrit sur le sujet. L’avocate générale l’a même googlisée pour relativiser sa science. Accablée de questions, la professionnelle aux cheveux blancs a fini par bredouiller, se contredire. On avait mal pour elle.

    Les témoins, heureusement, offrent aussi quelquefois une bienheureuse respiration au coeur de journées lourdes de drames. On revoit cette litanie de bons copains du Vimeu venus témoigner après un meurtre entre alcooliques. Leurs trognes rubicondes, leur incapacité à comprendre la plus basique des questions, leur peine à aligner trois mots audibles, tenaient pour les magistrats d’un voyage en terre inconnue.

    Entre rires et larmes, on se souvient enfin de la mère d’un homme accusé de tentative de meurtre sur sa femme. «Ça se passe bien dans le couple, ils s’entendent bien », avait menti à voix basse la matrone, entre deux lèvres serrées par la haine que lui inspirait sa bru. On avait compris que la vieille dame déniait à la cour d’assises le droit de lui faire dire, face à cinquante inconnus, ce qu’elle s’était acharnée à taire depuis si longtemps.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Caché ou cassé ?

    Ce n’est pas sa faute. Parmi tous les sdf qui hantent nos rues, Didier ...

    Portraits de femmes

    Aux assises de l’Oise cette semaine, comme d’habitude, les hommes avaient les premiers rôles ...

    Prénom de nom !

    Il y a trois semaines, je me mettais en garde contre les idées préconçues ...

    Conflit de loyauté

    Anne-Sophie, 33 ans, a ramené ses cheveux blonds en chignon. Petite et mince, elle ...

    Non, c’est non

    En quelle langue faut-il dire à Christophe que Sylvie n’a aucune intention, et n’aura ...

    Contes et mécomptes

    Il est plutôt beau gosse, le Teddy, à deux encablures de la quarantaine. La ...