Les théories d’Ahmed

    «Ma femme elle est psychiatre, elle a fait plein d’études. Qu’est-ce qu’elle ferait avec un vulgaire délinquant ? Même si tous les délinquants ne sont pas vulgaires…» Ahmed Medjekal, 36 ans, fait le show en ce lundi après-midi de comparutions immédiates.

    Sur le papier, son cas semble pourtant limpide. Le 10 janvier au magasin Carrefour d’Amiens-Nord, les surveillants l’ont surpris en train de cacher un téléphone portable sous son paletot puis de jeter le blister au rayon des sodas. À l’arrivée des policiers, il a glissé un morceau de produit noirâtre dans sa bouche qui, une fois recraché, s’est avéré être de la résine de cannabis. À ses pieds s’écoulaient quelques grammes de cocaïne… Le centre hospitalier a déclaré son état incompatible avec une garde à vue. On l’a donc relâché pour mieux le retrouver à 4h30 du matin, affairé à fouiller un sac plastique contenant trois paires de chaussures (de tailles différentes) et une raquette de tennis, juste à côté d’une voiture à la vitre brisée.

    Et pourtant, Ahmed nie en bloc ! Il aurait certes ouvert la boîte du téléphone mais celui retrouvé sur lui serait justement le même modèle, dûment acheté auprès de SFR. Le sac? Il contiendrait ses propres effets. Les tailles de chaussures posent problème mais Ahmed a une théorie sur le sujet: «Moi j’ai un pied qui est constitué comme ça !»

    «Je ne suis pas en train de me moquer de la cour», croit-il utile de préciser. «C’est une mascarade, ça!», s’emporte-t-il, menaçant de «porter plainte» contre la victime du vol au motif qu’elle a renoncé à se constituer partie civile. «Moi, je suis Cotorep, je ne m’amuserais pas à fumer des joints», plaide-t-il, démenti par un casier chargé comme un minibus hollandais : 19 mentions dont, quand même, sept ans pour vol aggravé. «Par moments, il m’arrive d’entendre des voix“, concède cet homme en colère. Jugement : un an ferme. «Ben merci madame le juge parce que je suis innocent !» Et à sa jeune avocate: “Vous pouvez me laisser votre nom sur un papier ? Et puis vous pourriez m’amener un code pénal en maison d’arrêt ?»

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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