Les yeux fermés

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    Que portent les infirmières sous leurs blouses ? Des problèmes… Parfois de gros problèmes… (OnCall team sous CC)

    Véronique ne s’est pas présentée à son procès. Rien d’étonnant : Véronique ne s’était pas davantage soumise aux deux précédentes convocations, tout comme elle n’avait pas assisté à son jugement de liquidation judiciaire, de même qu’elle n’a jamais répondu à la bonne centaine de lettres que lui a envoyées la Sécu.

    « Les courriers simples, elle ne les lit pas ; les recommandés, elle ne va pas les chercher », résume la représentante de la CPAM. Véronique, c’est un cas de phobie administrative qui fait beaucoup moins sourire que celui d’un politicien véreux.
    Infirmière, chez elle, c’est une vocation. Elle le devient en 1984, débute à l’hôpital puis passe au libéral, en 1991, dans une zone rurale au nord d’Amiens. Entre-temps, il y a eu un divorce, des problèmes avec les enfants et des dettes qui s’accumulent.
    Les infirmières libérales cotisent pour une hypothétique retraite auprès de la Carpimko, un redoutable machin qui vous ferait passer le RSI pour une annexe de la Croix-Rouge. Sa spécialité, c’est le rappel : une régularisation avec plein de zéros au bout qui vous tombe dessus comme la faim sur le monde.
    Véronique se retrouve avec 50 000 euros d’impayé à la Carpimko. Et 15000 à l’Urssaf, histoire de compléter le tableau. Conséquence logique : en février 2012, elle est placée en liquidation et, dans la foulée, interdite d’exercice.
    Aux gendarmes, elle jure n’en avoir rien su. Le hic, c’est qu’elle a interjeté appel de cette décision. Contester un jugement que l’on ignore, c’est rare…
    L’autre gros problème de cette femme de 57 ans, c’est qu’elle continue à piquer, panser, ventiler, hydrater sans aucune existence légale. Un jour, forcément, les patients s’inquiètent de ne pas être remboursés et l’action pénale se met en marche.
    Le délit examiné par le tribunal ce mois-ci s’étend de mars 2012 à janvier 2015. En fait, Véronique n’a jamais arrêté de travailler, et elle l’avouait encore aux gendarmes il y a un an : « Je vais toujours voir mes patients. Ils sont au courant alors ils me donnent une pièce, une salade, un pot de confiture… »
    À un moment, quand les problèmes sont partout, ici, là, en n’importe quel point où se pose le regard, il reste une solution : fermer les yeux.
    Jugement : 2 000 euros avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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