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Histoires de prétoire

L’esprit de Noël

« Je ne sais même pas s’il y prend plaisir… » : le procureur Boussuge fait face à Noël, 66 ans, qui lui-même offre son regard de cocker à une victime guère plus jeune. Il a volé son sac à main pendant qu’elle se recueillait sur la tombe de son mari, depuis peu décédé. Elle ne reverra jamais ni son porte-monnaie, ni ses clefs, ni, et c’est plus grave à ses yeux, les photos de son époux.

« Je m’excuse », bredouille Noël. Il n’ajoute pas : « Je ne le ferai plus ». Tant mieux : personne n’y croirait. En ce lundi de rentrée, il comparaît pour 17 délits commis dans le Vimeu et la vallée de la Bresle : vols de voitures, de sacs, usage de chèques dérobés (il sera condamné à quatre ans ferme). La juge ouvre son casier judiciaire comme on éventre la boîte de pandore. « Ouh là là, ça commence en 1975 et ça ne s’arrête jamais. » Trente-et-une condamnations ! C’est beaucoup mais c’est en deçà de la vérité car bon nombre d’amnisties ont depuis lors tenté de laver à grades eaux le tableau d’infamie. D’ailleurs, Noël ne le nie pas : « J’ai été mis en prison pour la première fois à l’âge de seize ans. En tout, j’ai dû y passer une vingtaine d’années ». A son avocate Me Defer, il a confié une seule peur : « mourir en prison ». Elle retrace une succession de malheurs destinée à apitoyer les juges : « Il a divorcé en 1978 et ne s’en est pas remis. Un de ses frères s’est suicidé, un autre est mort du cancer, tout comme son père et sa mère. Alors qu’il se reconstruisait, sa concubine s’est tuée dans un accident de voiture un an après leur rencontre ». La jeune avocate compare Noël à « un boulimique, qui mange et qui regrette aussitôt ». Car Noël, avec ses 900 euros de retraite, n’a pas vraiment besoin de rapine pour survivre. D’ailleurs, les chèques volés servent généralement à alimenter en essence des voitures… volées avec lesquelles il se retrouve à tourner au hasard. « Je ne vois pas trop le sens de la vie », murmure Noël.

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By Tony Poulain

Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis.

Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles.

Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? »

Tony Poulain

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