L’hirondelle du faubourg

    Originaire de Moselle, Florian, 20 ans, s’est retrouvé par hasard, comme un train en bout de course, en gare de Marcelcave,1 089 habitants, dans l’est de la Somme. Les contrôleurs ont lâché sur le quai ce SDF sans titre de transport. Quelques heures plus tard, un habitant du cru, occupé à son jardinage, a signalé aux gendarmes un individu patibulaire errant dans la bourgade. Comme par hasard, les soupiraux de deux maisons venaient d’être fracturés.

    Florian a rapidement indiqué où il avait planqué le magot : un pistolet d’alarme, des montres, des bijoux, et deux barquettes de bifteck. Fluet dans son maillot du FC Barcelone (l’horrible, celui orange et jaune fluo), il raconte une triste et banale histoire. Sa mère était épileptique et son père buvait. Elle est morte quand il avait neuf ans ; il l’a viré de la maison quand il en a atteint dix-huit. À sa dernière sortie de prison, en juin dernier, il s’est retrouvé aussi nu que l’enfant Jésus. Pas un sou, pas de toit sur la tête, pas même une pièce d’identité. Il monte dans des trains au hasard et compose le 115 en fin de journée. «Mais dormir dans des foyers de dix avec des gars de 40 ans, ce n’est pas évident. » Il boit «pour oublier la faim ». Il vole, «pour manger de la viande, parce que dans les foyers, c’est toujours des sandwiches et des briques de jus de fruit ». Qu’allait-il faire de ses deux bavettes ? «Un barbecue, dans la forêt. » Il s’attaque aux habitations, vides de préférence. «Je préfère quand même faire une maison que d’arracher le sac d’une petite mamie. » Il s’appelle Lhirondelle et a commis un de ses deux forfaits rue de l’Hirondelle, à Marcelcave. «Rassurez-moi, ce n’est pas en votre honneur ? », s’inquiète la juge. Le sourire que ça suscite chez lui a la pâleur d’un soleil d’hiver. Il a au moins trouvé un lieu de résidence, le 7 octobre en comparution immédiate : la maison d’arrêt d’Amiens, pour dix-huit mois de détention.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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