L’oisiveté est mère de tous les vices

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    Nerf de boeuf, comme son nom l’indique… (davidd sous CC)

    Olivier, avec sa boucle d’oreille, ses cheveux courts et son pull noir, fait plus jeune que Nathalie, mais elle a davantage d’allure dans sa veste rose et son pantalon bleu, avec ses lunettes fantaisie et sa fine écharpe. On trouve qu’ils ne vont pas ensemble. Olivier le pense aussi, pas pour les mêmes raisons. Il n’y a que Nathalie qui a voulu y croire jusqu’au bout et ne semble pas encore avoir fait son deuil d’une histoire de vingt ans qui leur a donné deux enfants.

    Depuis un moment, pourtant, la foi matrimoniale d’Olivier, 43 ans, donnait quelques signe de faiblesse. « Même à table, il passait son temps à envoyer des textos sur son portable. Ce n’était pas respectueux, ni pour moi, ni pour les enfants. Je me doutais bien qu’il y avait quelqu’un », se souvient Nathalie.

    S’ils se retrouvent devant le tribunal, c’est que leurs scènes de ménage ont dégénéré en violences. « Au début, il me traitait de grand-mère, me disait que je n’avais qu’à maigrir », soupire-t-elle. Pas élégant mais pas répréhensible. Puis, Olivier, ne supportant pas que Nathalie lui mette le nez dans le pot de confiture, a tapé, fait des croche-pieds, donné des coups au sol. Il minimise tout ça, estime qu’elle en rajoute. Il cherche à se donner le beau rôle. « Je paie quand même la moitié du crédit ! »

    « La séparation, c’est souvent un carnage pour les enfants », soupire le président. « Je vais les prendre, mais pas tout le week-end, parce que je n’ai qu’un F1 », indique le père.

    « Il va bientôt nous plaider la légitime défense ! » s’agace le procureur. C’est vrai, Olivier signale qu’il n’a pas été épargné : « Elle téléphone à mon travail pour savoir à quelle heure je sors et qui je vois.  Elle m’a piqué une fourchette dans le crâne et m’a donné des coups de nerf de bœuf ». L’objet, qui se prononce « nérdebeu », nous informe le dictionnaire, est un cylindre fabriqué avec un ligament du boeuf ou du cheval, mais une croyance populaire tenace veut que cette arme soit faite de l’organe génital du taureau, séché puis tressé. On périt toujours par où on a péché…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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