Ma pauvre petite juge

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    La zone d’Amiens Nord, vue de la route de Poulainville. Naaaan, j’déconne ! (SenseiAlan sous CC)

    Privilège d’un arrêt maladie qui, je te rassure, lectrice aimée, tire vers sa fin, j’ai pris mon temps pour digérer l’affaire Goodyear. Vu le nombre d’absurdités que j’ai ingérées sur mon lit de douleur, il n’en fallait pas moins…

    La moindre ne sous-entendait-elle pas que ce jugement était téléguidé par le pouvoir, supposition insultante pour la jeune juge qui l’a rendu après avoir délibéré pendant six semaines avec deux assesseurs. Il se trouve qu’à la côtoyer depuis des mois, d’audiences banales en cas anonymes, je la crois au contraire consciencieuse, honnête et mesurée. Neuf mois de prison ferme quand sont encourus cinq ans pour une séquestration, qui n’est certes pas la plus légère entorse au contrat social, est-ce si choquant ? Surtout quand on sait que sous la toise de deux ans ferme, par la grâce coupable d’une litanie de Garde des Sceaux, on ne risque qu’un quart d’heure gênant chez le juge d’application des peines, qui vous transforme la peine infamante en petit coup de règle sur les doigts. Aberrant, trouvez-vous ? Tancez votre député, pas la petite juge !

    En attendant, dès lors que Goodyear était mort et enterré, je crois au contraire que la décision de la jeune magistrate amiénoise, ressuscitant ce conflit oublié, a dû bien gêner le pouvoir. Après tout, son parquet n’avait qu’à pas poursuivre !

    Pour le reste, j’ai assisté, désolé, au spectacle des bonnes âmes qui pétitionnèrent pour que le jugement du 12 janvier fût «annulé». Comme si l’indépendance de la justice n’était qu’un leurre et la voie d’appel de la roupie de sansonnet. Quand le chœur des pleureuses réclame l’annulation politique d’une décision judiciaire, j’entends la grinçante nostalgie des procès de Moscou, ceux du «bon vieux» temps où le bourreau aiguisait sa lame la veille du premier jour d’audience. Désolé, je préfère ma petite juge…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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