Marine en eaux troubles

    2883197174_cff0d1a182_o
    De manière incompréhensible, Joseph, c’est moins dur à porter qu’Adolphe. Marine, ça se discute. (photo Gil Megidish sous CC)

    Elle s’appelle Marine. C’est un joli prénom quand il n’est pas connoté politiquement. Fichu problème, les prénoms… Allez appeler un gamin Adolphe de nos jours ; c’est direct le bureau du psy avant le passage en CP. Notez qu’avec Joseph, ça se passe mieux. On se souvient davantage du bon charpentier de Nazareth que du bourreau de Moscou. Il devait être fort, l’opium du peuple : il a sélectionné nos souvenirs…

    Revenons à Marine, jeune Abbevilloise bien embêtée à la barre des victimes. Elle a écrit à sa sœur et à ses parents des SMS du genre : «J’ai des coquards partout, il m’a encore étranglée, appelle les flics. C’est fini. Je vais finir par le tuer. Il me cogne à 4 heures du matin » ; «Papa t’as raison, il ne changera jamais. Je suis toute bleue. J’ai honte d’aller au boulot lundi ».

    Dans le box des accusés, Wilfried ne la quitte pas des yeux. «Des tensions, oui, mais des coups, non », clame-t-il, lui qui sait que sa liberté se joue en ce bel après-midi estival. Avec neuf mentions au casier, un bracelet électronique pour homicide involontaire et une convocation pour avoir frappé la fille de Marine, en septembre 2010 («Je lui ai donné une fessée mais comme elle était dans son bain, ça a marqué… ») D’un coup, Wilfried respire mieux, parce que Marine vient d’exaucer ses vœux : «Non, je n’ai pas subi de violences. J’ai tout inventé. J’ai été poussée par mon père. Il est resté bien avec mon ex. Les SMS, c’est pas vrai, c’est pour faire peur à mes parents, pour qu’ils me prennent un appart’. Les hématomes, c’est parce que je me suis fait voler mon sac à main. »

    Le juge est en colère, il rappelle qu’une fausse accusation, ça va chercher dans les cinq ans. Le procureur ne la croit pas. Il la dit «sous influence ». L’avocat de Wilfried, lui, savoure l’instant : «S’il n’y a pas relaxe dans ce dossier, il n’y en aura plus jamais. » Qu’il se rassure : relaxe il y a. Le couple de bric et de broc a dû faire chambre commune le soir-même. Et Marine n’est pas là de voir sa fille, placée… chez ses parents. «Ils me disent que pour avoir ma petite, je devrais le quitter. Mais moi, je ne peux pas choisir entre deux amours. »

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Ca ne passe pas

    Aux Assises comme ailleurs, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Prenez Chantal de F., ...

    Mille trois cents euros

    Donc, Fred serait un homme à femmes. Sous son bomber noir qui cache à ...

    Partis en poudre

    L’avocate générale Sandretto plante le décor : « C’est le procès de la toxicomanie. C’est un ...

    La rancune d’une vie

    Un adulte, c’est un enfant avec des cicatrices : celle-là, je vous l’ai déjà servie, ...

    La confusion des peines

    En novembre, déjà, lors d’une comparution immédiate, il nous avait attendris avec sa tête ...

    Femme en pleine crise de nerfs

    Liza, 29 ans, comparaît pour des violences habituelles sur un enfant. Elle devrait afficher ...