Mauvais endroit, mauvais moment

    Il y a les délinquants d’habitude, qui semblent avoir tout cumulé pour se retrouver un jour à la barre des accusés. Et puis il y a Jack, 45 ans, qui écarquille les yeux pendant deux jours d’audience consacrés à un très gros trafic de stupéfiants, dans deux quartiers sensibles d’Amiens. Jack, c’est un mélange de poisse et de fatalité. Jack, c’est le gars au mauvais endroit, au mauvais moment.

    Clic clac, l’affaire est dans le sac (ResoluteSupportMedia sous CC)

    Il est éducateur pour le compte de la mairie, loge à Etouvie, élève six enfants, sa femme est dépressive, lui-même est atteint de la maladie de Parkinson. Déjà de quoi ne pas rigoler tous les jours… Le funeste destin frappe à sa porte en 2014 quand son beau-frère Nabil, viré de Paris par sa petite amie, demande à loger chez sœurette. On sort un des enfants de sa petite chambre et le beauf s’installe. Il n’arrive pas les mains vides : quelques sacs de sport assez lourds et très précieux. On apprendra qu’ils contenaient jusqu’à 20 kilos d’héroïne. Valeur à la revente : 400000 euros. Stupéfiant, non ?

    Me Véronique Lucas résume abruptement : « Il arrive surtout avec ses emmerdes ». Car Jack jouera non seulement les nourrices mais sera chargé de déposer, à l’occasion, un sachet au pied d’un immeuble. Nabil, tranquille, le lui commande depuis ses vacances en Espagne, quand il ne lui enjoint pas de piocher dans une enveloppe pour lui faire parvenir deux mandats cash de 2500 euros. Pire : un jour, un commando cagoulé force la porte de l’appartement. Terrorisée (comme si elle avait besoin de ça !) la femme de Jack voit les malfrats faire main basse sur un des fameux sacs.

    Plaider contre le box, ça ne se fait pas, mais Me Lucas est remontée contre le beau-frère. Elle le fixe : « Quel courage ! Quelle franchise ! Il fait tout assumer au mari de sa propre sœur ! » Puis elle se tourne vers son client : « Avait-il le choix ? Pouvait-il s’opposer à Nabil ? » Jack fixe le bout de ses souliers, il voudrait se faire tout petit. On l’imagine mal s’élever contre un gang dont les activités le dépassent. Jack a pris son beau-frère comme une tuile de plus. On lui a dit de faire, il a fait.

    Au moins, le 5 octobre dernier, le tribunal a décidé de ne pas lui infliger une peine ferme. Jack a failli faire répéter le jugement. Ça faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas entendu une bonne nouvelle…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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