Merci patron !

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    Vicieux, le petit kir… (Pierre Guinoiseau sous CC)

    Benoît est un gars fidèle. Pour le meilleur: il travaille en CDI – une rareté de nos jours – au service de la même entreprise du bâtiment depuis neuf ans, alors qu’il n’en a que 28. Et pour le pire: le 7 septembre, il passait pour la cinquième fois devant le tribunal correctionnel afin de répondre de conduite en état d’ivresse. Quand les gendarmes l’ont arrêté au guidon de son scooter, un dimanche à 17 h 20, Benoît n’a pas tourné autour du pot : «Je savais que j’en avais un petit peu mais je n’étais pas saoul». Il sortait de l’anniversaire de sa maman. Il avait descendu «cinq kirs, deux verres de vin et un cassis pour le café». Sur le chemin de sa maison, dans le Vimeu, il affichait 1.70 gramme dans le sang.

    Comme Benoît a tout du brave gars, il bénéficie depuis des années de la mansuétude des juges et de son employeur. Son chef de chantier l’a même hébergé pendant que le jeune homme retapait seul son habitation. Puis il a découvert que Benoît continuait à descendre des canettes de bière en cachette. «Alors il m’a un peu mis dehors», concède ce travailleur à la peau tannée, l’air de ne pas comprendre les questions des juges, un regard apeuré caché derrière des cheveux bruns en bataille. Le suivi psychiatrique, il l’a jeté aux orties : «Ça ne valait pas le coup de me déplacer à Friville pour qu’elle me parle cinq minutes», justifie-t-il. Le juge d’application des peines s’est arraché les cheveux.

    Le lundi où on le juge, c’est le grand bazar au tribunal. Les Affaires familiales siègent pour la première fois depuis les vacances et les amants désunis s’y pressent. Aucune autre salle n’est libre: la comparution immédiate est donc repoussée d’une heure. «Faites-vous faxer des papiers de l’employeur, ça fera bien», glisse l’avocate au père de Benoît. Le délai sera salutaire : il en prend pour sept mois sous bracelet électronique, autorisé chaque jour à sortir de sa maison dans le seul but de travailler. «La prochaine fois, vous savez ce qui vous attend?» lance la présidente. «Oui, la prison». Merci patron !

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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