Minteux comme un stupeux

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    Entre nous, elles ont bon dos, les prostituées belges. Si j’ose dire… (Blemished Paradise sous CC)

    Un procès pour trafic de stupéfiants, c’est à chaque fois un plaisir rare pour l’amateur d’art dramatique.

    Quand défilent, comme cette semaine à Amiens, une dizaine de «stupeux» à la barre, c’est le Cannes de la mauvaise foi, l’Ours d’Or de l’hypocrisie, l’Actor’s Studio de la mintirie (en Picard dans le texte).

    Les motivations sont variées. Si la (petite) tête de réseau cherche à sauver sa peau, la nourrice ou le guetteur sont animés par la peur. Ils craignent tellement la gaffe qui les exposeraient à des représailles qu’ils atteignent l’absurde, donc le sublime, lorsqu’ils vont jusqu’à ne pas se souvenir de leur adresse.

    Grace fait fort quand, dans le cadre de l’enquête de personnalité, on rapporte les qualificatifs élogieux – «gentil, serviable» – dont témoigne son entourage. «C’est faux tout ça!» s’époumone-t-il. Me André, son avocate, voudrait apitoyer les juges en évoquant sa tentative de suicide en prison. Même elle, il la nie: «Non, je ne crois pas m’être suicidé… Je ne sais pas… Je m’en souviendrai, quand même?»

    Deux voitures pleines des petits gars d’Etouvie ont été contrôlées par les douanes belges. Seul un esprit pervers ou chagrin pourrait concevoir qu’ils faisaient leurs emplettes chez le grossiste anversois pour mieux alimenter leur supérette amiénoise. «Mais non, on allait aux putes! informe José. Je ne voulais pas le dire parce que ma copine va le savoir, mais tant pis…»

    On fait remarquer à Adem qu’une deuxième voiture de copains du quartier le suivait à chaque fois. Il ne se démonte pas: «C’est le hasard, madame. Tout le monde va en Belgique! On est encore libre de circuler, non?»

    Les empreintes de Khalid ont été retrouvées sur une multitude de sachets d’herbe. «Ça, madame, c’est parce que je me suis trop fait arnaquer, justifie-t-il, sans rire. Trop de fois, en rentrant à la maison, j’ai vu qu’on m’avait refilé de la salade. Alors maintenant, je goûte».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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