Non, c’est non

    En quelle langue faut-il dire à Christophe que Sylvie n’a aucune intention, et n’aura jamais la moindre envie, de coucher avec lui ? Les subtilités du français ayant échoué, le code pénal fut appelé à la rescousse : le 22 mai, il a été condamné à quatre mois de prison ferme pour harcèlement et violation de domicile.

    Un pavé dans la mare. (Tim Bunce sous CC)

    Il n’a pourtant pas l’allure d’un sauvageon, cet homme de 44 ans, titulaire d’un BTS informatique, père de trois enfants, au casier judiciaire vierge. Il était encore marié quand il a vécu une courte – mais a priori intense – liaison avec Sylvie, pendant deux mois, il y a dix ans. C’est un grand classique : lorsqu’il a divorcé, un soir, devant la télé, chaussons aux pieds et bière à la main, il a ressorti un carnet d’adresses où chaque prénom féminin devait constituer à ses yeux de mâle rendu à l’état sauvage autant de perspective passionnante.

    Mais Sylvie n’avait rien d’une gazelle attendant que sa route croisât celle du grand fauve dominant. Elle avait fait, refait et re-refait sa vie. Après quelques réponses polies, elle a mis les points sur les i. Le tribunal cite un de ses textos : « Pour la dernière fois, je ne t’aime pas, je ne t’aimerai jamais, je t’interdis de venir chez moi, je ne me marierai jamais avec toi ».
    Difficile de faire plus explicite ? Pas pour Christophe, qui depuis près de deux ans la poursuit de ses assiduités. « J’ai fait une erreur d’interprétation quant aux sentiments de madame », réussit-il à pérorer à la barre des comparutions immédiate, où il est traîné pour être entré chez Sylvie le 12 mai, à Montdidier (« J’étais en chemise de nuit, imaginez ma peur ») et de l’avoir abreuvée de messages : « J’ai rêvé de toi cette nuit, je me suis réveillé avec le désir de toi, je mérite la femme parfaite que tu es toujours ». Le tout sous contrôle judiciaire et avec en poche une convocation pour des faits similaires !
    Elle sanglote : « Je veux juste qu’il me laisse tranquille… J’ai pourtant été claire ? » Il se permet : « Moi, je n’aime pas le mensonge. Donc, en garde à vue, j’ai envisagé d’autres options amoureuses ».
    Simplement, il ne réalise pas dans quel guêpier son aveuglément l’a fourré. Quand le président annonce son placement sous mandat de dépôt, le monde s’écroule : « La prison, c’est pas possible, c’est un cauchemar ». Il tente de reprendre la main : « Puis-je faire appel ? » Le président opine : « Oui, mais ça ne changera rien. Vous dormez en prison ce soir ».
    Il va encore rêver d’elle…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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